Opéra

Rodelinda à Lyon, une authentique réussite

Rodelinda à Lyon, une authentique réussite

20 décembre 2018 | PAR Gilles Charlassier

Le répertoire léger des opérettes et autres ouvrages bouffes n’a pas le monopole de la féerie des fêtes de fin d’année. Constant dans sa dynamique de renouvellement des répertoires et des pratiques, l’Opéra de Lyon met Rodelinda de Haendel à l’affiche, dans une mise en scène de Claus Guth conjuguant élégance visuelle et intelligence théâtrale, tandis que dans la fosse Stefano Montanari fait ressortir le remarquable travail stylistique sur le baroque qu’il a réalisé avec les musiciens volontaires de l’orchestre, et qui n’a pas à pâlir à côté des formations spécialisées.

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Un metteur en scène n’est, parfois, jamais meilleur que lorsqu’il emprunte des procédés identifiés à d’autres esthétiques que la sienne. Le rideau se lève sur des dessins d’enfant résumant son arbre généalogique et les intrigues meurtrières qui ensanglantent sa famille. Cette craie sur fond de tableau noir, réalisée par la vidéo d’Andi Müller, fait d’abord songer à David Bösch, quand la pureté de la blanche demeure rotative dessinée par Christian Schmidt et la maîtrise de l’espace scénographique trahissent la patte de Claus Guth. L’Allemand a choisi de raconter l’histoire de Rodelinda depuis le point de vue de Flavio, fils de Bertarido et de sa supposée veuve, rôle muet auquel la spontanéité et la concentration du jeune Fabián Augusto Gómez Bohórquez donnent une vie saisissante.

Pour historique que soit le sujet de l’opera seria de Haendel – selon les conventions établies du genre –, le drame est ici développé sous un angle domestique. Au-delà de la cuirasse héroïque des personnages, la présente lecture plonge dans l’intimité familiale, des désirs, calculs et rivalités qui agitent le clan, tirant parti des ressources des portraits psychologiques que constituent les arias. Non content de surmonter le risque d’inertie qui guette la succession de récitatifs et d’airs, le spectacle dévoile une évidente beauté plastique, au service d’une narration rehaussée par des accessoires symboliques. La maison ornée d’une épitaphe à la mémoire de Bertarido, réputé mort, est sise sur un terreau de cendres, avec une nuit étoilée en toile de fond. L’efficacité du travail d’acteurs, complété par la modélisation chorégraphique assurée par Ramses Sigl, affirme une violence qui ne cède jamais à la gratuité, quand les lumières de Joachim Klein accompagnent avec finesse l’évolution des affects et des atmosphères.

Dans le rôle-titre, Sabine Puértolas met sa polyvalence vocale et son timbre nourri au service d’une incarnation contrastée, entre intériorité mélancolique galbée dans une sensualité perceptible et vigueur vindicative éclatant dans des aigus ciselés. Lawrence Zazzo confie à Bertarido son contre-ténor noble et délié, idéal pour le souverain malmené par le destin. Par son émission plus resserrée, mais non avare d’expressivité, Christopher Ainslie distingue le fidèle Unulfo. Krystian Adam ne manque pas de vaillance en Grimoaldo, qu’il ne réduit pas à sa cruauté de rival jaloux, tandis que Jean-Sébastien Bou souligne la noirceur conspiratrice de Garibaldo, le conseiller boiteux, privilégiant parfois l’effet. L’Eduige d’Avery Amereau s’appuie sur la chaude rondeur de sa voix. Quant aux musiciens de l’ensemble baroque de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, I Bollenti Spiriti, ils mettent en évidence les couleurs et les saveurs dramatiques de la partition de Haendel, sous la baguette énergique et avisée de Stefano Montanari. Egalement au continuo, alternant clavecin et orgue positif au gré des sentiments et des situations, il n’éprouve plus ici le besoin d’excentricités rythmiques qu’il a démontrées dans d’autres répertoires. En somme, avec cette Rodelinda déjà présentée à Madrid la saison passée, Serge Dorny peut s’enorgueillir d’une authentique réussite pour les fêtes de fin d’année.

Gilles Charlassier

Rodelinda, Haendel, mise en scène : Claus Guth, Opéra de Lyon, jusqu’au 1er janvier 2019

©Jean-Pierre Maurin

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Gilles Charlassier

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