Opéra

La Belle Hélène version 007 à Nancy

La Belle Hélène version 007 à Nancy

20 décembre 2018 | PAR Gilles Charlassier

Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra national de Lorraine fait revenir Bruno Ravella, qui avait signé, au printemps, un Werther récompensé par la critique, dans une Belle Hélène enlevée aux allures de James Bond.

[rating=4]

Proclamé « l’amuseur du Second Empire », pour ses opéras-bouffe qui offraient un tableau satirique de la société de l’époque, Offenbach n’en est pas pour autant un simple témoin d’un siècle révolu, Jouant, comme Orphée aux enfers, de décalages irrévérencieux avec la mythologie – et par-delà des mœurs du pouvoir impérial –, La Belle Hélène se prête idéalement à des transpositions savoureuses.

Dans sa nouvelle production présentée par l’Opéra national de Lorraine, Bruno Ravella bouscule un peu la dramaturgie originale, et fait de Pâris une sorte de bellâtre 007 chargé d’attiser les catastrophes de la légende grecque. Avec la complicité des décors de Giles Cadle et des costumes dessinés par Gabrielle Dalton, on est plongé dans un régime annoncé comme bananier, à l’enseigne d’un drapeau aux couleurs de l’Espagne. Quand on connaît les frasques de Juan Carlos, la coïncidence ne manque pas de piquant à voir Ménélas porter les lauriers de pins récompensant le vainqueur du concours, le berger, qui, inversés, font au roi une couronne de cornes. Rehaussés par les lumières efficaces de Malcom Ripperth et les pétillants mouvements chorégraphiques réglés par Philippe Giraudeau, les ensembles relaient une direction d’acteurs alerte qui fait tout le sel du spectacle, et peut compter sur l’engagement gourmand des interprètes, au-delà des bonheurs divers de la mise à jour du livret par Alain Perroux qui cède aux inévitables œillades à Macron et aux nouveaux féminismes de #balance ton porc, faisant réagir des zygomatiques un peu trop prévisibles.

Timbre légèrement corseté et acidulé, Mireille Lebel confère à Hélène une élégance discrètement minaudée en parfaite synchronie avec les bons et mauvais tours de la Fatalité. En Pâris bellâtre comme il faut, Philippe Talbot se révèle en exacte adéquation avec l’attendu et brillant lyrisme qui n’hésite pas à imiter l’écriture rossinienne, dans des vocalises appuyant l’effort avec un comique presque entièrement volontaire. Le reste du plateau fourmille d’incarnations hautes en couleurs, parmi lesquelles on retendra le Ménélas veule à souhait d’Eric Huchet, l’autorité barbue de Frank Leguérinel, au juste format pour un Agamemnon à l’autorité dérisoire, ou encore la délicieuse insolence adolescente de Yete Queiroz, Oreste conjuguant jeunesse androgyne et générosité de la ligne, flanqué du duo Parthoénis et Léoena assumé par Léonie Renaud et Elisabeth Gillming. Le Calchas de Boris Grappe ne manque pas de relief. Raphaël Brémard surjoue avec talent l’imbécillité d’Achille, quand Christophe Poncet de Solages et Virgile Frannais forment la paire d’Ajax. Sarah Defrise ne se retient guère dans l’excès d’apprêt stéréotypé de la servante Bacchis. Sous la houlette de Merion Powell, les chœurs s’investissent joyeusement dans un spectacle emporté par la direction aussi goûteuse qu’intelligente de Laurent Campellone, qui sait tirer le meilleur d’une fosse baignée dans une atmosphère de parodie pleine de sensibilité. Un régal hautement festif pour les yeux et les oreilles !

Gilles Charlassier

La Belle Hélène, Offenbach, mise en scène : Bruno Ravella, Opéra national de Lorraine,  Nancy, jusqu’au 23 décembre 2018

©C2images pour Opéra national de Lorraine 

Rodelinda à Lyon, une authentique réussite
De la luge pour glisser sur la face sombre de l’âme humaine (Les arcs, jour 5)
Gilles Charlassier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *