Cinema

De la luge pour glisser sur la face sombre de l’âme humaine (Les arcs, jour 5)

De la luge pour glisser sur la face sombre de l’âme humaine (Les arcs, jour 5)

20 décembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

La journée a commencé avec les distributeurs et les exploitants à 2000 m d’altitude pour voir très en amont, le nouveau film de Rodrigo Sorogoyen, le réalisateur espagnol de Que Dios nos perdone (2016) et qui sort en avril au Pacte.

Film politique noir, El Reino suit l’apogée et puis la chute de Manuel López Vidal qui est dénoncé pour corruption et lâché par son part. La vengeance est un plat que le héros pas très sympathique mais toujours élégant dans sa mise (interprété par Antonio de la Torre) mange à chaud, peut-être trop pour assurer son avenir. De course poursuite en dialogue de menaces, le scénario hystérique de El Reino remplit bien le contrat de dépeindre toute la noirceur du monde politique (et médiatique) avec une image et un son saturés qui nous plonge en immersion parmi les « affreux, riches et méchants » avant de vriller vraiment film noir. Soulignant par son esthétique son objectif de satire, le film de 2h11 est un bel objet, qui peut laisse un peu épuisé nerveusement, sans vraiment faire réfléchir plus loin que les actions qui se suivent…

L’après-midi a été marquée par un temps plus studieux, avant que l’on puisse enfourcher une luge pour une course endiablée sous une neige battante et qui a été suivie d’un verre offert par Blue Efficience aux Arcs 2000, à « l’Igloo ».

Le film de 20h, aux Arcs 2000, était très attendu puisqu’il s’agissait de l’avant-première du deuxième film de Laszlo Nemes, qui était arrivé directement en compétition à Cannes en 2015 avec Le fils de Saul. Dans Sunset, il choisit comme scène non pas Vienne mais Budapest au crépuscule. Juste à la veille de la Première Guerre, en 1913, Irisz (Juli Jakab) une jeune femme qui a perdu ses parents à l’âge de deux ans et a été envoyée à Trieste pour grandir entourée et ailleurs, revient à sa ville natale. Elle se présente au magasin de chapeaux que ses parents avaient créé et qui existe toujours avec faste : Leiter. Elle même formée à la chapellerie, elle répond à une annonce d’emploi. Mais le patron lui dit non, son retour semble soulever de grandes méfiance et dès la première nuit, elle est en danger… Va-telle plonger dans ce danger pour mieux connaître ses origines ou sauver sa peau en fuyant; la jeune-femme laconique alterne les deux attitudes et risque non seulement sa vie mais aussi son âme…
Dès les premières images, léchées et parfaites, on réalise que Le Fils de Saul était aussi un film en costume soucieux de la … reconstitution. Mais appliquer l’esthétique du grand pan flou puis du cadrage visage qui marchait si bien dans une représentation des camps de la morts perd de son attrait esthético-éthique dans ce nouvel opus, qui, nécessairement déçoit. Les invraisemblances du scénario, le fait que le film se passe à Budapest mais qu’en fait celait pourrait avoir lieu partout en Mitteleuropa ou en Europe, ce coucher de soleil avant la Guerre, la direction vers le minimalisme absolue de l’actrice et la maigreur des personnages secondaire sont des poids. Ajoutez à cela que le film dure 2h20 et vous comprendrez que l’on s’ennuie ferme en spectateurs passif des boomerangs entre bien et mal de la jolie Irisz. L’enjeu était très difficile pour Nemes de faire un deuxième long après ce Fils de Saul tellement acclamé. Pour le public, c’est un peu raté. Pour lui-même, les plans maîtrisés sont là et il y a fort à parier qu’il a achevé le film qu’il voulait faire- exactement. Il faut de la patience et un brin d’austérité pour entrer en osmose avec son univers où la reconstitution prime sur l’intrigue. Dommage. Sortie le 20 mars 2019 chez Ad Vitam.

La soirée s’est finie par un sympathique et traditionnel quiz de cinéma de Sens Critique à 1950 au bar les Belles Pintes.

Il est temps pour nous de reprendre la route de Paris après 8 films et de belles rencontres au sommet. Nous sommes un peu tristes de ne pas avoir pu voir des films qui sont projetés cette fin de semaine et attendons avec impatience le Palmarès.

visuels : affiches des films

La Belle Hélène version 007 à Nancy
Le best of cinéma 2018 de la rédaction de Toute La Culture
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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