Opéra

« Roberto Devereux » de Donizetti à Munich : Au revoir Madame Gruberova

« Roberto Devereux » de Donizetti à Munich : Au revoir Madame Gruberova

19 mars 2019 | PAR Julien Coquet

Reprenant la production peu intéressante signée Christof Loy, le Bayerische Staatsoper prouve toute de même grâce à un beau plateau musical que Roberto Devereux est un opéra important.

La production de Roberto Devereux de Christof Loy possède toutes les caractéristiques d’une mise en scène qui serait huée en France, bien qu’elle ne semble pas du tout irriter nos voisins allemands, habitués aux mises en scène dites « modernes » de l’opéra de Munich. La vision du metteur en scène allemand est pourtant loin d’être vide, mais elle est fortement desservie par une triste et laide scénographie (dont il faut séparer les belles lumières que règle Reinhard Traub). À l’Angleterre du début du XVIIème siècle, Loy préfère une Angleterre contemporaine de la seconde moitié du XXème où Elisabetta ressemble plus à une Margaret Thatcher qu’à une reine puissante. Un seul décor occupera les trois actes: la salle d’attente du Parlement où les pairs débattent du sort du traître Roberto Devereux. Ça aurait aussi bien pu être un hall de gare, avec un mobilier passe-partout et un présentoir à journaux. La production est sauvée par une direction d’acteurs intéressante qui fait ressortir les passions entre les personnages et leurs relations de pouvoir. Notons aussi les scènes de torture parallèles au troisième acte qui ne sont pas sans rappeler Tosca lorsque la diva négocie avec Scarpia pendant que son amant se fait torturer dans la pièce annexe.

Comme d’habitude à Munich, si l’on peut être déçu (très rarement) par la production scénique, ce qui se passe dans la fosse et vocalement vient sauver la soirée. Ici, les admirateurs d’Edita Gruberova, en pleine tournée d’adieux, sont nombreux. Celle qui a marqué de son empreinte le rôle d’Elisabetta joue une reine tourmentée qui ne s’empêche pas râles et de gémissements. Gruberova habite le rôle et la scène finale, vraie scène de folie à la Donizetti, montre les talents d’actrice de la chanteuse, même si l’on peut trouver toutes les mimiques de l’ordre du surjeu et de la coquetterie. Certaines difficultés techniques liées à l’âge se font par contre sentir: la voix est toujours très puissante mais la justesse, particulièrement dans les notes hautes, n’est pas toujours là.

La vraie héroïne de la soirée est une autre femme: Sara, rivale de la reine, interprétée par Silvia Tro Santafé. Pleine de conviction, la voix est posée et permet de longues phrases à l’ampleur admirable. Le duo final de l’acte I avec Charles Castronovo (Roberto Devereux) est le moment le plus intense de la soirée. Le ténor américain campe un véritable bellâtre italien, parfaitement adapté au rôle d’amant héroïque et torturé. Un vrai travail sur les soupirs permet à Castronovo de proposer un émouvant Roberto Devereux à la voix ample et portée. Vito Priante, qui incarne Nottingham, n’est pas en reste non plus : campant un homme trahi par son meilleur ami et par sa femme, le baryton convainc par le naturel de son jeu et une projection de la voix appréciable. Enfin, comme à leur habitudes, les choeurs de l’Opéra de Munich sont admirables de précision: chaque mot est audible pour le spectateur non italophone. La direction musicale assurée par Friedrich Haider précipite Roberto Devereux dans un incroyable tourbillon où se croisent complots et intrigues amoureuses. Dès l’ouverture toute en précision et en vitalité, le chef d’orchestre arrive à transmettre un souffle à l’ouvrage de Donizetti tout au long d’une belle soirée.

Roberto Devereux de Gaetano Donizetti le dimanche 17 mars 2019 à 19h au Bayerische Staatsoper (Allemagne). Direction musicale de Friedrich Haider et mise en scène de Christof Loy.

Photo: Bayerische Staatsoper

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