Opéra
Renée Fleming ou les madeleines de Proust de l’Opéra de Paris

Renée Fleming ou les madeleines de Proust de l’Opéra de Paris

07 avril 2022 | PAR Paul Fourier

L’Opéra de Paris présentait ce 6 avril un gala où la diva américaine était accompagnée de Lambert Wilson, des danseurs étoiles Stéphane Bullion et Hugo Marchand, du violoniste Renaud Capuçon, de la mezzo-soprano Tara Erraught et du baryton Andrzej Filonczyk.
Si la première partie fut variée au point d’être un peu trop riche, la seconde, ramassée, a atteint les sommets.

Longtemps, et cela dès 1990, Renée Fleming fut intimement associée à l’Opéra de Paris. Les amateurs en âge de le faire, n’oublieront pas ses inoubliables Comtesses des Noces, Maréchale, Alcina, Manon, Arabella, Rusalka… L’artiste fut, comme nulle autre, celle qui fit naître les frissons de la beauté lyrique par sa voix si reconnaissable (que certains qualifiaient de « double-crème »), par cette élégance unique qui s’accordait notamment si bien avec la musique de Richard Strauss.
Qui mieux qu’elle alors, pouvait évoquer l’image de ces splendeurs d’antan dans la capitale tout en continuant à nous enchanter ? Certes, personne n’osera prétendre que, trente ans après, le temps n’a pas passé sur cette voix ; mais les altérations inévitables ne sont pas de nature à amoindrir l’émotion qu’elle sait si bien susciter.
Ainsi, « Renée » peut, à elle seule, « ré-animer » le souvenir de mémorables madeleines proustiennes.
Si l’on rajoute, le temps d’une soirée mondaine, œuvres et autres personnalités dont le nom est, pour toujours, attaché à l’institution parisienne, sentiment était ce soir donné, de faire un fabuleux saut artistique dans un passé glorieux.
De James Conlon, qui officie ce soir dans la fosse, on ne sait si beaucoup de musiciens qu’il dirige ont accompagné son parcours, mais l’on se rappelle qu’il fut, neuf années durant, à partir de 1995, le chef permanent de l’Opéra.
Quant à Robert Carsen qui « met en scène » cette soirée… on lui doit de telles soirées de magie – souvent avec Fleming –, soirées qui sont entrées dans l’Histoire, des productions, qui restent même au répertoire de la Maison, tels l’élégante Alcina, l’onirique Rusalka et ce Capriccio, dont le final nous est offert ce soir.

Le rêve Capriccio

Bien sûr, au programme, il y avait Fleming dans Thaïs et Rusalka, mais ce que l’on retient avant tout, ce sont ces deux rideaux identiques de la salle Garnier qui s’ouvrent, lentement, l’un derrière l’autre, le décor du grand foyer et, en son centre, cette Comtesse qui, une fois encore, nous hypnotise, avant de quitter la scène, alors que sont dévoilés les coulisses et le foyer de la danse où Hugo Marchand est à la barre.
En ces temps de guerre, l’on ne peut, toutefois, s’empêcher de songer que, parfois, la beauté éclot même en des époques barbares et que Capriccio, cette œuvre sublime, fut créée en 1942 par un Richard Strauss qui n’était pas avare de compromissions.

Un programme qui alternait moments orchestraux, airs, déclamations et (trop peu) de danse

L’art lyrique est riche et, visiblement, l’objet du gala était de rendre hommage à ses multiples dimensions, vocale, orchestrale, et bien sûr, scénique, on l’a dit, avec Carsen. Mais la présence d’écrits de Verlaine, Baudelaire et Shakespeare, dits élégamment par Lambert Wilson, montrait aussi qu’il est un art inspirant, un art qui suscite la poésie et l’admiration des plus grands.
On explora même, en bis, les marges du lyrique avec la comédie musicale, alors que Michel Legrand et l’extraordinaire émotion de la scène du garage des Parapluies de Cherbourg foulaient, à raison, le sol de la scène de Garnier, mais que les voix de Wilson et Fleming étaient, alors, un peu trop dissemblables.

L’Histoire a fait que l’Opéra, d’abord divertissement des rois, s’est, dès les débuts, trouvé intimement lié à la danse. L’occasion était ainsi donnée de retrouver sur la scène de Garnier deux des plus belles étoiles actuelles, Stéphane Bullion et Hugo Marchand. On regrettera seulement d’avoir, si peu eu l’occasion de les apprécier, principalement dans un très beau pas de deux chorégraphié par Nicolas Paul.
La nouvelle génération lyrique était présente pour accompagner Renée Fleming… présente certes, mais dans un exercice compliqué pour capter complètement l’attention. D’autant que l’on peut penser qu’il existe meilleur répertoire qu’Offenbach pour Tara Erraught. Andrzej Filonczyk, qui a récemment incarné Lescaut à Bastille, dans Manon, fut plus à son aise dans les duos de Thaïs et de La Veuve joyeuse (ainsi que dans le très petit rôle du majordome dans Capriccio).

Enfin pour illuminer la soirée, il y avait « l’archet frémissant » de Renaud Capuçon, merveilleux dans la méditation de Thaïs

Avec Renée Fleming qui dédia un dernier bis au peuple ukrainien qui souffre, il conclut la soirée, l’accompagnant dans un sensible Morgen de Strauss qui montra que le violoniste sait mettre son instrument au service du plus beau et rappela, à quel point, la grande artiste fut aussi une si belle interprète de lieder.

Après tant de beauté, il ne restait plus aux uns que de regagner leurs pénates, en fredonnant des airs magiques, et aux autres, artistes et riches mécènes présents, de continuer à aider l’Opéra de Paris, en se retrouvant pour un souper dans le grand foyer.

Visuel : © Paul Fourier

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