Opéra
Michael Spyres se dédouble pour son Instant lyrique à la salle Gaveau

Michael Spyres se dédouble pour son Instant lyrique à la salle Gaveau

07 octobre 2021 | PAR Paul Fourier

Tantôt baryton, tantôt ténor, il a enchanté le public de l’Instant lyrique avec un programme varié et parfaitement maîtrisé.

Michael Spyres vient de faire paraître un album, BariTenor, dans lequel il interprète des airs de certains de ses rôles habituels, mais où, chose nouvelle, il part à la découverte de titres normalement attribués à des barytons. C’est à une partie de ces titres qu’il a consacré son récital en y adjoignant Les nuits d’été de Berlioz.

En début de concert, ce n’est pas dans cette partie que le dispositif d’alternance entre les deux tessitures s’avère le plus convaincant. Autant Villanelle, Absence (et son superbe « reviens » suspendu) et Une île inconnue légère et enjouée prennent toute leur dimension par le timbre clair du ténor, autant le timbre plus sombre employé dans Le spectre de la Rose et Sur les lagunes apparaît plus artificiel.
Dans le registre baryton, on l’appréciera autrement dans l’air « Hai gia vinto la causa… Vedro mentr’io sosprio » des Noces de Figaro où sa proximité avec Mozart se confirme.

Transformant son air du Figaro du Barbier de Séville en véritable one man show, il élargit à tous les registres ce monologue endiablé, allant jusqu’à utiliser des accents de femme pour figurer la pression de toute part qui s’exerce sur le pauvre serviteur. De pitreries en notes de tête, l’effet est garanti !

Après cette performance, l’air de Don Giovanni « Deh vieni alla finestra… » s’avère forcément plus terne, mais permet de démontrer la capacité de grand écart de celui qui incarnait un éclatant Don Ottavio à Salzbourg cet été. Si l’extrait de L’Heure espagnole de Ravel (« Voilà ce que j’appelle une femme charmante ») apparaît plus comme une coquetterie, on retrouve ensuite le ténor dans son répertoire de prédilection. Stupéfiant dans l’air du Postillon de Lonjumeau, Michael Spyres se paye le luxe de terminer (avant une sucrerie anglaise Bonjour ma belle d’Arthur Henry Behrend) par les multiples contre-ut de La Fille du régiment.

Au piano, on retrouvait Mathieu Pordoy qui nous gratifiera en solo d’un magnifique Sonnet 123 de Pétrarque de Liszt et un élégant À la manière de Chabrier de Maurice Ravel. Enfin, contre toute attente, il jouera l’Anglaise effarouchée à la fin du récital, ajoutant une note comique à un concert placé sous le signe de la bonne humeur.

Michael Spyres est un touche-à-tout de talent qui terminait Fidelio à l’Opéra-Comique pour filer en Allemagne chanter Idomeneo. Le temps d’une soirée, il a fait ce beau cadeau aux spectateurs de l’Instant lyrique qui en auraient redemandé jusqu’à plus soif. Rassurons-nous, on le retrouvera dans Theodora au Théâtre des Champs-Élysées le 22 novembre (aux côtés de Joyce DiDonato et de Lisette Oropesa), dans un programme 100 % Rossini, le 31 janvier, au théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet et dans un programme BariTenor le 19 mai à nouveau, au Théâtre des Champs-Élysées.

On ne ratera pas non plus, les prochains Instants lyriques de Marie-Nicole Lemieux le 18 novembre, de Béatrice Uria Monzon le 13 décembre, et pour un programme Duparc le 10 janvier (avec Julie Pasturaud, Stanislas de Barbeyrac, Thomas Dolié et Antoine Palloc au piano). À ne pas rater évidemment…

Visuel : © Cédric Le Dantec/Agence Supernova

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