Opéra
Marina Rebeka fait un retour triomphant à la salle Gaveau pour son deuxième « Instant lyrique »

Marina Rebeka fait un retour triomphant à la salle Gaveau pour son deuxième « Instant lyrique »

17 juin 2021 | PAR Paul Fourier

Marina Rebeka est une artiste rare en France, bien trop rare ! L’Opéra National de Paris qui l’avait programmée dans une série du Trouvère de Verdi, prévue en février puis annulée, ne l’a pas remise à l’affiche pour la saison 2021-2022. On le regrette amèrement ; ainsi, l’initiative de l’Instant lyrique d’inviter à nouveau la soprano fut donc plus que bienvenue pour ce deuxième récital de reprise avec public dans la salle, après celui d’Asmik Grigorian.

La mélodie était ce soir à l’honneur dans un programme très bien équilibré faisant le grand écart entre italien et russe. Verdi, compositeur de cœur de la soprano, ouvrait le bal avec deux pièces aux couleurs bien différentes. Puis venaient Tosti et Respighi, deux maîtres de ce type de répertoire. Les humeurs se succédaient et sa voix ample, tantôt grave, tantôt enjouée, permettait à Marina Rebeka de se mouler avec intelligence et soin dans l’interprétation dans ces univers intimes et contrastés.
Dès le premier instant, les mélodies russes (Cui, Tchaïkovski, Rachmaninoff) démontraient que la chanteuse évoluait là dans une langue qui lui est absolument familière. On la sentit alors profondément attentive au mot et à l’intention du compositeur.
Mathieu Pordoy, lui, a accompagné la chanteuse avec, tout du long, un souci de varier les atmosphères. De surcroît, seul, il interprétera un superbe Notturno de Respighi.

Mais si ce programme a impressionné par sa maîtrise, il a aussi rappelé que les moyens de la soprano s’épanouissent sans problèmes dans des salles encore plus spacieuses que la salle Gaveau et que l’opéra est son territoire de prédilection.
Ainsi, à l’issue du concert, l’on sentait poindre, de part et d’autre, une réelle frustration. D’autant qu’après le tour de force de ce récital au programme déjà fourni, la soprano ne semblait accuser aucune fatigue et semblait, même, disposée à prolonger la soirée en beauté avec les bis.

Ce sera donc d’abord un air de Madame Butterfly qui rappela que la chanteuse couvre le champ italien bien au-delà de Verdi, ce que confirmera ensuite l’air de La Wally. Sa Cio-Cio-San est alors une jeune fille à la révolte chevillée au corps. Lorsque vient l’air d’Elvira d’Ernani, on se souvient à quel point sa voix, pourtant lourde, s’accorde bien avec les exigences belcantistes, y compris, celles tardives du compositeur de Bussetto.
Emportée par l’enthousiasme d’un public debout qui lui crie son amour, elle hésite sur un dernier bis et c’est, bravache, qu’elle termine avec un étourdissant boléro d’Elena des Vêpres Siciliennes, véritable leçon de chant qui fait regretter une fois de plus que l’on ne puisse pas bientôt l’écouter dans tout ce répertoire qui semble écrit pour elle.

L’accueil du public le confirme, Marina Rebeka est l’une des Reines lyriques de Paris. On pourra la retrouver, après I Due Foscari au Festival d’Aix-en-Provence, au Théâtre des Champs-Élysées, en février 2022 dans le requiem de Verdi, et en juin dans La Vestale.

Visuel : Paul Fourier

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Paul Fourier

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