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« Surface Horizon », l’odyssée prospective de Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau

« Surface Horizon », l’odyssée prospective de Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau

17 juin 2021 | PAR Laetitia Larralde

Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau nous entraînent dans une odyssée des possibles à la Fondation Lafayette Anticipations avec l’exposition Surface Horizon. Entre jungle de mauvaises herbes et plongée sous-marine, partez à l’aventure !

La pandémie a bousculé les calendriers des institutions culturelles : les expositions sont repoussées, raccourcies ou prolongées, laissant parfois des périodes vides. Dans l’impossibilité de programmer l’exposition Martin Margiela avant l’automne prochain, les espaces de Lafayette Anticipations se sont retrouvés vacants. Rebecca Lamarche-Vadel, la directrice, a alors eu l’idée un peu folle de monter une exposition en quatre mois en alliant le travail de deux artistes : Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau. C’est ainsi que plantée au début du printemps, l’idée a germé et poussé jusqu’à coloniser la Fondation, de l’extérieur à l’intérieur.

Surface Horizon est une odyssée en neuf chapitres, une fiction prospective sur l’avenir de la nature et de l’humanité. Parmi tous les scénarios possibles, Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau, pour cette collaboration inédite, ont choisi de parler de renaissance, de préservation et de guérison. Née du confinement qui nous a privés de la possibilité de se projeter dans le futur, l’idée de Marguerite Humeau est de se concentrer sur l’ici et le maintenant. Son œil a scruté les moindres détails de son environnement restreint et s’est arrêté sur ces formes végétales méprisées : les mauvaises herbes. Systématiquement éliminées de nos jardins, elles se retrouvent reléguées aux espaces marginaux, poussant dans les interstices, véritables génies de la survie en milieu hostile.

C’est ainsi que l’architecture de Rem Koolhaas, pensée pour être modulable avec 49 possibilités de métamorphose des espaces, est composée ici pour créer des interstices et des liens entre les différentes étapes du parcours. Le visiteur peut ainsi avoir un œil sur le passé et un aperçu de l’avenir tout en avançant dans son présent. On navigue entre les univers des deux artistes qui fonctionnent à la fois en opposition et en complémentarité pour créer une œuvre globale qui colonise tous les recoins. Marguerite Humeau part de la terre quand Jean-Marie Appriou flotte dans l’océan, la première scrute le végétal, le second l’animal, et tous les deux parlent de fragilité et d’instants fugaces dans un cycle du vivant basé sur la métamorphose.

Les matières utilisées sont vulnérables au temps qui passe. La terre crue recouverte de cire colorée des sculptures de Jean-Marie Appriou, patiemment modelée sur place, est inévitablement vouée à se craqueler et s’effriter au fil du temps, rejoignant l’aspect éphémère des fleurs de Marguerite Humeau. On est englobés dans un univers où les créatures fantastiques surveillent le monde de leurs yeux/nébuleuses de verre, où les plantes recouvrent tout le sol dans une jungle d’orchidées qui semble avoir une volonté propre et où l’humain est repoussé à sa juste place : un maillon destructeur d’un univers bien plus grand que lui. Les deux artistes écrivent une mythologie contemporaine, tissant à partir de leur imagination les fils des avenirs possibles.

Et leur futur s’écrit sur un temps rallongé, comme celui des magicicadas qui sortent de terre une fois tous les 17 ans pour chanter et se reproduire avant de recommencer un nouveau cycle sous terre, dans la couche du sol que les scientifiques appellent le surface horizon. Il s’appuie sur la théorie des signatures qui recherche le lien entre la forme des plantes et leurs qualités médicinales en lien avec nos organes. Il s’ouvre sur d’autres formes de perception et d’autres façons de se relier au monde. Et surtout, ce futur n’est qu’une des possibilités qu’ils ont imaginées, comme le montrent les croquis, dessins et ébauches qui clôturent la visite.

Avec Surface Horizon, Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau nous offrent une odyssée poétique guidée par la fragilité, la résilience et la transformation. Un programme digne d’un Homère des temps modernes.

Surface horizon, Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau
Du 17 juin au 5 septembre 2021
Lafayette Anticipations – Paris

Visuels : Exposition Surface Horizon de Jean-Marie Appriou & Marguerite Humeau, 17 juin – 5 septembre 2021 à Lafayette Anticipations – Fondation Galeries Lafayette. Photo : Pierre Antoine

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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