Opéra

La jeunesse à l’honneur pour les pêcheurs de perles à la Philharmonie de Paris

La jeunesse à l’honneur pour les pêcheurs de perles à la Philharmonie de Paris

05 mars 2020 | PAR Paul Fourier

Après la version scénique en février dernier à Liège, la Philharmonie de Paris proposait, ce mardi, une version concert des Pêcheurs de perles de Bizet. Deux tout jeunes artistes y incarnaient, avec talent et malgré quelques petits défauts, Leïla et Nadir, face aux irréprochables Jean-Sébastien Bou et Patrick Bolleire.

On le sait, le livret des Pêcheurs de perles, d’Eugène Cormon et Michel Carré, n’est pas exempt de critiques, tant à cause de cet exotisme suranné et notamment, d’incantations aux dieux hindouistes à la limite du grotesque, que par une fin expéditive marquée par un curieux retournement de situation. Sans illustration de mise en scène, ces faiblesses émergent plus aisément. Il n’empêche ! La musique de Bizet révèle déjà le génie du compositeur qui produit là une partition magnifique. Si Arie Van Beek, à la tête de l’orchestre de Picardie, ne rend pas toujours hommage à la nuance pourtant bien présente dans cet opéra de jeunesse, il insuffle une force et une vivacité qui conviennent parfaitement aux actions resserrées (voire sommaires) du livret.
Seule la scène où l’amour entre les tourtereaux est dévoilé, si elle sonne spectaculairement, apparaît néanmoins quelque peu brouillonne alors que l’orchestre et le Chœur de chambre de Rouen ne semblent pas toujours en phase.
Angélique Boudeville, révélée notamment par le Concours Voix Nouvelles de 2018, a une belle voix, une très belle voix. Mais la question qui se pose ce soir est de savoir si cette voix n’est pas trop opulente pour la frêle prêtresse. Vocalement parlant, aucun reproche ne doit lui être formellement fait. Mais, alors que l’on est habitué à plus de nuances dans ce rôle, elle peine à faire émerger, au-delà de la partition, une personnalité à Leïla. On attend donc de l’entendre dans un rôle plus adapté à ses beaux moyens.
Amitai Pati (frère de Pene Pati qui sera bientôt Roméo à l’Opéra de Bordeaux), interprète, en revanche, un Nadir émouvant, doté d’une superbe voix de ténor léger, idéale dans le rôle.
Tout au long de la soirée, il insuffle une véritable poésie à son personnage même si, parfois, il est malmené dans ses intentions, par un chef et une partenaire qui, en le couvrant, contrarient passablement cet art des demi-teintes.
Son français est de très bonne tenue et son air « Je crois entendre encore » est beau à pleurer… pour les spectateurs… ainsi que pour le ténor dont les yeux se mouilleront en réaction à l’ovation qu’il reçoit à la fin de l’air.
Beaucoup plus rompu à la scène et à l’exercice de la version concert que ces deux jeunes artistes, Jean-Sébastien Bou campe un Zurga parfait ; avec lui, la prononciation du français atteint des sommets, chaque phrase est ciselée, chaque sentiment modelé. Si la voix accuse, de temps à autre quelques rudesses, elle rend admirablement hommage à son personnage et sa scène « L’orage s’est calmé » constitue, avec l’air de Nadir, le sommet incontestable de la soirée.
Patrick Bolleire que l’on ne cesse de louer (dernièrement dans le Don Carlos à Liège) se montre, comme de coutume, irréprochable dans le rôle de Nourabad.
Ainsi, la soirée aura permis de révéler, aux côtés d’aînés plus talentueux que jamais, deux beaux jeunes artistes que leurs évidentes qualités devraient mener loin.

Visuel © Paul Fourier

Le Théatre de l’Epée de bois remonte le temps jusqu’au 28 Mai 1660, jour de l’invention de Sganarelle.
Des Huguenots flamboyants dirigés par Minkowski au Grand Théâtre de Genève
Paul Fourier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *