Opéra

« Idomeneo » à Lisbonne : un opéra de Mozart à redécouvrir

« Idomeneo » à Lisbonne : un opéra de Mozart à redécouvrir

15 mars 2018 | PAR Julien Coquet

Passés par Lisbonne, nous nous sommes arrêtés au Teatro nacional de São Carlos pour une production scéniquement décevante de l’ouvrage de Mozart mais vocalement très satisfaisante. 

Certains vont à Lisbonne pour écouter du fado, d’autres en profitent pour aller écouter l’Idomeneo de Mozart au Teatro nacional de São Carlos. Nous avons fait les deux mais nous nous concentrerons sur notre deuxième expérience. À première vue, le Teatro est plus proche d’un théâtre de province que d’un théâtre national, à la fois par sa capacité et par sa programmation. Pourtant, lorsque l’on se penche sur les saisons passées, on se rend compte qu’Idomeneo, ouvrage plutôt rare de Mozart, plus proche de La Clémence de Titus que de Don Giovanni, a été donné en 1990 puis en 1995 par deux grands chefs: John Elliot Gardiner (version de concert) et Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre (mise en scène de Tito Celestino da Costa). Le public de Lisbonne est, comme souvent à l’opéra, un public d’habitués. À cela se rajoutent quelques touristes. Dans un très beau cadre, l’ambiance est toute particulière et un certain charme suranné, celui d’un art passé et d’un public vieillissant, s’en dégage.

Passons rapidement sur la mise en scène de Yaron Lifschitz qui contient un nombre limité d’idées. Il faut s’appeler Anne-Teresa de Keersmaeker pour réussir le pari de transposer Mozart dans un univers où espace et temps sont abolis (cf. Cosi fan tutte), ou encore Willy Decker (cf. La Clémence de Titus) pour arriver à faire ressortir les enjeux mythologiques sans surcharger de références historiques. Malheureusement, Yaron Lifschitz semble hésiter entre les deux alternatives. Un trou, rempli de sables, entre l’arène et le bac à sables, voit les personnages se succéder. Se rajoutent de temps à autres des tables et des chaises, des cordes qui descendent des cintres, un énorme projecteur ou encore des nuages de fumée intermittents. Enfin, durant la moitié du IIIème acte, les protagonistes chantent devant un rideau noir. L’introduction de la vidéo dans les dix dernières minutes ne sauvera pas une mise en scène plate qui, sans pour autant gâcher l’œuvre, ne la sert pas réellement.

Du côté des voix et de l’orchestre, la qualité est heureusement au rendez-vous. Soulignons l’acoustique étrange du Teatro: pourtant bien placés, il nous a semblé que les chanteurs devaient souvent redoubler d’effort pour se faire entendre lorsqu’ils ne se trouvaient pas sur le devant de la scène. Le metteur en scène parvient même plusieurs fois à faire chanter de dos des personnages: il est alors impossible d’entendre.

L’Idomeneo de Richard Croft est un personnage convaincant car le chanteur possède un souffle bienvenu qui sert complètement son grand air de l’acte II: « Fuor del mar ho un mar ». La voix manque cependant un peu de puissance et on peine parfois à entendre le roi de Crête lorsqu’il se trouve en fond de scène. De beaux piani font ressortir un être accablé par le destin mais qui ne manque pas de douceur. Son fils, Idamante (Caitlin Hulcup), est doté de beaux aigus et les duos avec Ilia sont parfaitement émouvants. Cette dernière, incarnée par Ana Quintans, manque parfois, comme Idomeneo, de puissance, mais la rondeur des phrases et la beauté du timbre trahissent une véritable sensibilité mozartienne. La rivale, Electra, en robe bleue possède aussi une voix redoutable en la personne de Sophie Gordeladze: la fluidité du chant sert une voix passant de la sérénité à la colère. Enfin, l’Arbace de Marco Alves Dos Santos se fait toute de même remarquer malgré un nombre restreint d’apparitions: la clarté du discours et la profondeur de la voix aident le fidèle conseiller du roi.

Du côté de l’orchestre, on note tout de même quelques passages un peu poussifs qui freinent la fluidité de l’ouvrage. Cette remarque est cependant mineure puisque dès l’ouverture, Christian Curnyn insuffle la vitalité nécessaire. L’allégresse des chœurs est elle aussi la bienvenue.

Idomeneo de Wolfgang Amadeus Mozart le lundi 12 mars 2018 au Teatro nacional de São Carlos de Lisbonne. Direction musicale de Christian Curnyn et mise en scène de Yaron Lifschitz.

Visuel : Rui Gaudêncio

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