Opéra

Hamlet, une magistrale ouverture de festival

16 juin 2022 | PAR Gilles Charlassier

La première grande soirée de l’édition 2022 du Festival Radio France Montpellier est consécrée à une rareté, la version pour ténor de Hamlet d’Ambroise Thomas, servie par un plateau magistral, sous la direction de Michael Schonwandt.

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Avec une thématique articulée autour de la Grande-Bretagne, l’édition 2022 du Festival Radio France Montpellier ne pouvait échapper aux figures shakespeariennes. C’est l’une des plus célèbres, mise en musique par Ambroise Thomas, qui est à l’affiche de la première grande soirée de ce millémisme. Si le rôle-titre de Hamlet fait désormais partie du répertoire des barytons, qui affectionnent son exceptionnelle portée dramatique et ont contribué au récent regain de fortune de l’ouvrage, le compositeur avait d’abord confié le personnage du prince danois à un ténor. C’est cette mouture princeps – d’une absolue rareté – que John Osborn défend, entouré d’un plateau où l’intelligibilité du chant rivalise avec l’accomplissement vocal et expressif.

Dans le rôle-titre, le ténor américain fait valoir une présence et un investissement admirables. Celui qui compte parmi les plus emblématiques Hoffmann d’aujourd’hui confère à Hamlet une même richesse psychologique, dans un profil également torturé quoique très différent. Il sait conjuguer introspection et vaillance, vigueur de la ligne et fragilité de l’expression. L’aura de l’incarnation est indéniable, sans faire pour autant de l’ombre à des partenaires à la hauteur de cette excellence. A commencer par la vulnérabilité de Jodie Devos. A rebours des Ophélie confondant personnalité éthérée et transparence, la soprano affirme une sensualité très délicate, avec un babil souple et fruité. Dans la grande scène de la folie au quatrième acte s’illustre une finesse dans le timbre comme dans la musicalité qui conduisent efficacement la bravoure colorature vers un climax de sentiment magnifié par une retenue intelligemment modulée. Aux côtés de la solide carrure de Julien Véronèse en Claudius dont les graves nourris ne versent jamais dans le monolithe, et contribuent à la crédibilité des fêlures dans la carcasse royale, Clémentine Margaine se distingue par une Gertrude exceptionnelle de justesse – sans doute une référence durable dans le rôle. La maîtrise d’un mezzo au medium dense et la coloration des intentions restituent la complexité d’une souveraine oscillant entre la mère et la matrone, l’affection et la soif de pouvoir. La puissance vocale participe à celle de l’incarnation.

Les apparitions secondaires ne sont aucunement négligées. Philippe Talbot se révèle un Laërte de luxe, avec un éclat léger au lyrisme idéalement calibré. Geoffroy Buffière ne manque pas à l’autorité et aux calculs de Polonius, esquissés en quelques phrases. Respectivement Horatio et Marcellus, Tomislav Lavoie et Rodolphe Briand confirment leur complémentarité dans un duo des fossoyeurs où l’ironie ne fait pas défaut. Quant à Jérôme Varnier, quatrième basse et non des moindres de la distribution, il résume avec un instinct évident la vengeance outre-tombale du Spectre du roi défunt.

Réunissant les forces de l’Opéra national Montpellier-Occitanie et celles du Capitole de Toulouse, préparées avec soin par leurs chefs respectifs, Noëlle Gény et Gabriel Bourgoin, les choeurs s’intègrent magistralement dans le dramatisme nerveux impulsé par la direction de Michael Schonwandt. Les mânes du grand opéra, et ceux d’Hamlet en particulier, peuvent être satisfaits.

Gilles Charlassier

Hamlet, Thomas, Festival Radio-France Montpellier, Opéra Le Corum, le 15 juillet 2022.

©Marc Ginot

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Gilles Charlassier

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