Opéra

Fidelio par Barenboim : le triomphe de la musique

Fidelio par Barenboim : le triomphe de la musique

13 octobre 2016 | PAR Nicolas Chaplain

A la Staatsoper de Berlin, Daniel Barenboim dirige superbement l’unique opéra de Beethoven. L’orchestre est bouleversant, la distribution, grandiose. Harry Kupfer réalise une mise en scène discrète. Avec le chef, il a signé un Ring de Wagner entré dans l’histoire du Festival de Bayreuth après le duo mythique Boulez-Chéreau. Pour leurs retrouvailles, ils célèbrent la puissance de la musique.

Dès l’ouverture, exécutée avec une lenteur méditative et ponctuée de profonds silences, Daniel Barenboim impose son style, son éloquence, son expressivité dramatique, en délivrant plus qu’une interprétation, un discours musical et spirituel fort éclairé. Il obtient des musiciens de la Staatskapelle des sons amples et envoutants, graves et denses, des couleurs bouillonnantes et mystérieuses.

Un piano à queue C.Bechstein apparaît, sur lequel est posé un buste en plâtre blanc, celui de Beethoven lui-même. Une toile représentant la salle de concert du Musikverein à Vienne tombe au sol devant les chanteurs médusés et laisse découvrir un haut mur noir sur lequel figurent des messages de prisonniers gravés dans la pierre ainsi que les mots « paix » en français et « Freiheit » (liberté). L’espace sombre et vide est sculpté par des lumières pâles. La mise en scène de Harry Kupfer est sobre et épurée, sa direction d’acteurs claire mais sage. Si elle n’évite malheureusement pas quelques poses convenues, elle fuit toute grandiloquence et s’attache à représenter des personnages simples et ordinaires.

Une intimité naturelle et vraie existe entre les chanteurs. Ainsi, le désir de Marzelline pour Fidelio transparaît dans de discrets regards éloquents et caressants. Camilla Nylund incarne avec justesse une Leonore déterminée et combattive malgré la douleur. Sa voix suave et puissante se mêle admirablement avec le timbre émouvant d’Evelin Novak quand elles amorcent avec une douceur inouïe les premières notes du quatuor « Mir ist so wunderbar ». Le Rocco de Matti Salminen est déchirant d’humanité. Souverain, il fait preuve d’une sensibilité extrême et généreuse. La délicatesse de ses étreintes et son humour même trahissent sa forte présence scénique et son autorité. Enfin, le ténor wagnérien Andreas Schager est saisissant dans le rôle de Florestan. Son chant rayonnant décoiffe par sa vaillance.

Dans le silence, les prisonniers se placent gauchement sur le plateau. Pourtant le « O Welche Lust » est poignant. Un mince rayon de soleil inonde soudainement la scène et leur chant console les cœurs. La musique est une arme contre les violences, les injustices et toutes les atteintes à la liberté. Une fois Florestan et Leonore réunis et l’odieux Pizarro puni, le chœur et les solistes chantent, le sourire aux lèvres, l’électrisant et lumineux « Heil sei dem Tag » avec ferveur et chaleur.

A la Staatsoper de Berlin (Allemagne), le 9 octobre 2016. © Bernd Uhlig

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Nicolas Chaplain

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