Opéra

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 4ème partie : Vive les jeunes et Nabucco entre huées et bis

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 4ème partie : Vive les jeunes et Nabucco entre huées et bis

22 octobre 2019 | PAR Paul Fourier

Toutelaculture a suivi le Festival Verdi de Parme durant cinq jours. Le dimanche et notre dernier jour, on  allait écouter deux jeunes chanteurs  et on se rappelait que l’opéra est à l’image de la société avec ses moments d’unité et de divisons.

Dimanche 13 octobre : un petit concert du midi et deux jeunes chanteurs de talent.

Qui dit festival dit aussi petites manifestations en marge des grandes représentations. Des petits récitals sont ainsi donnés dans le Palazzo Ducal nel Giardino avec une conférencière qui replace les airs donnés dans le contexte de leur création.

On y rappelle ceux qui furent les premiers interprètes, où l’oeuvre fut créée et quelques autres anecdotes. C’était donc l’occasion d’entendre deux tout jeunes chanteurs, l’une, Erica WenMeng Gu, originaire de Chine, l’autre, David Astorga, du Costa-Rica, avec accompagnement au piano de Dario Tondelli. C’est, dans les deux cas, une bonne surprise. La soprano a, certes la voix un peu trop sonore pour le lieu, mais se tire fort brillamment de l’air final de Anna Bolena (sans la cabalette) et surtout du « e strano … sempre libera » de la Traviata. Lui fait preuve d’une très belle musicalité. Espérons que ces deux artistes pourront profiter de leur passage au festival pour investir et développer leur art sur l’une des nombreuses scènes italiennes.

Un Nabucco controversé au Teatro regio.

Œuvre de jeunesse, mais œuvre emblématique, Nabucco occupe une place à part dans le panthéon verdien. Même si l’intrigue ne brille pas par sa clarté, elle est efficace et fut, pour l’époque, originale et même audacieuse ; les personnages principaux sont bien caractérisés et les mouvements de foule puissants. Le « va pensiero » reste à jamais l’un des plus beaux airs pour chœur écrit par le compositeur et celui-ci, devenu l’emblème du Risorgimento italien, semble, encore aujourd’hui, rassembler les Italiens, même dans les moments les plus troublés. Lorsqu’en ce dimanche, l’air fut, par tradition, bissé, on pouvait sentir dans l’assistance cette indéfinissable énergie commune de recueillement et de fierté.

Pourtant quelques minutes auparavant, le public réservait un accueil plus que houleux à la mise en scène assez provocatrice de Stefano Ricci. Très centrée sur la question des migrants, elle relie les peuples qui, de tout temps, fuient devant le martyr et l’injustice, qu’ils s’agissent des Hébreux de Babylone ou de ceux qui risquent, aujourd’hui, leur vie en Méditerranée. Ainsi, le scandale arriva lorsque des figurants mimèrent, en avant-scène, une noyade collective en Méditerranée. La bronca ne fut pas partagée par tous et on aurait presque pu palper à ce moment-là les lignes de fracture de la population italienne sur le sujet.

Malgré cette démonstration un peu lourde, la description d’une société totalitaire à la Orwell, la présence de soldats quasi fascistes, la projection sur écran de la figure grimaçante du dictateur (d’abord Nabucco puis Abigaille) sont des éléments qui insufflaient, malgré tout, force au drame et actualisaient efficacement l’histoire.
On retrouvait au pupitre, Franceso Ivan Ciampa (que l’on avait quitté avec Leo Nucci) et qui confirma l’excellence de sa direction, cette fois avec le Filarmonica Arturo Toscanini. La partition – qui ne manque parfois pas d’effets faciles – sonnait noblement à l’image du « Va pensiero » que les musiciens et le chœur (dirigé par Martino Faggiani) nous donneront tout en finesse.
Amartuvshin Enkhbat est connu du public français pour avoir déjà incarné Nabucco au théâtre des Champs-Élysées en 2018, en remplacement d’un certain… Leo Nucci aux côtés de Anna Pirozzi. Et son adéquation au rôle se confirme avec éclat. La voix est riche, puissante, les couleurs de cette voix rendent les différents états que connaît le roi dont la prise de pouvoir dérègle l’esprit et qui se retrouve démis par sa fille.
Saioa Hernandez est l’une des actuelles titulaires du difficile rôle d’Abigaille. Même si le timbre n’est pas le plus séduisant qui soit, s’il accuse souvent quelques stridences, elle soutient néanmoins cette redoutable partition sans faillir ni vocalement ni dramatiquement.
Dans le rôle de Zaccaria, la voix toujours souple, le timbre beau, l’autorité intacte, Michele Pertusi est assurément l’autre grand gagnant de cette matinée.
La Fenena de Annalisa Stroppa et le Ismaele de Ivan Magri, également excellents, complétaient cette totale réussite musicale qui clôturait ce passionnant séjour parmesan.

Visuel © Roberto Ricci

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