Classique

Elina Garanca au théâtre des Champs-Élysées : grand art et chansons d’amour

Elina Garanca au théâtre des Champs-Élysées : grand art et chansons d’amour

22 octobre 2019 | PAR Lise Lefebvre

 

La mezzo adorée du public français a fait briller toutes les couleurs de son registre, dans un programme chatoyant, de Verdi à Carlos Gardel.

Accompagnée par la Staatsphilarmonie du Land de Rhénanie-Palatinat, que dirigeait son mari, Karel Mark Chichon, Elina Garanca a donné le ton de la soirée en choisissant comme premier morceau le tourbillonnant Nell giardin dell bello de Don Carlo, l’air d’entrée d’Eboli ; riche de sonorités hispanisantes et arabisantes, cette page ouvre tout un monde musical. Après une première partie centrée sur l’opéra italien, la mezzo lettone a charmé, étonné, ravi, dans des chansons espagnoles et argentines. Tout est digne d’admiration dans son interprétation, loin de toute facilité ; l’intelligence du texte, la délicatesse du phrasé, la précision d’une voix qui sait poser les mots sur le souffle — comme le sublime « vivir » à la fin de la chanson galicienne de Rosendo Mato Hermida…

Avec un art de mélodiste, elle a trouvé l’équilibre parfait entre la voix de l’intime, celle qui s’adresse à l’aimé (e) dans toutes ces chansons sentimentales, et l’ampleur d’une voix lyrique soutenue à l’orchestre. C’est que Garanca est capable à la fois de sobriété et de générosité ; que sa diction, sa maîtrise des piani, ont pu donner à chaque spectateur l’impression qu’elle s’adressait à chacun ou chacune d’eux personnellement ; qu’en jouant de son aisance scénique elle a su s’amuser à incarner une chanteuse de zarzuela dans « La tabernera del puerto » – un air écrit à l’origine pour une voix de… ténor, sans rien perdre de l’émotion transmise.

Dans la première partie, ses deux incarnations d’Eboli, lumineuse et joueuse pour « Nell giardin dell bello », tragique et pathétique pour « O don fatal », ont rappelé quel formidable personnage elle avait construit, en français cette fois, à l’Opéra Bastille. Sa voix n’a rien perdu de sa séduction sombre, ni de sa souplesse ou de ses aigus étincelants. Entre ces deux monuments, «un « Io son l’umile ancella » tout aussi habité sut créer l’émotion en prenant le public par la main pour lui faire partager le parcours du personnage – de la révolte tragique au renoncement – déployant toutes les nuances de son timbre.

L’orchestre de Rhénanie Palatinat, mené avec énergie par Karel Mark Chichon, a su prêter ses accents clairs et nerveux à l’accompagnement de cette voix hors du commun. Dans les pièces purement orchestrales, cependant, l’ensemble rendait un son un peu trop éclatant et percussif, comme pour anticiper la fête hispanique de la deuxième partie. De fait, l’orchestre et le chef y ont paru plus à leur affaire qu’avec l’ouverture de La Forza del Destino — menée un peu trop tambour battant — ou l’intermezzo du Manon Lescaut de Puccini.

Quoi qu’il en soit, la salle n’a pas boudé son plaisir et Garanca lui offrit trois bis, dont le dernier ne fut pas le moindre ; une habanera de Carmen supérieurement chantée et incarnée.

Attribution-NoDerivs 2.0 Generic (CC BY-ND 2.0)

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Lise Lefebvre

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