Opéra

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 2ème partie : Bussetto, le berceau du maître, et Leo Nucci

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 2ème partie : Bussetto, le berceau du maître, et Leo Nucci

19 octobre 2019 | PAR Paul Fourier

Toutelaculture a suivi le Festival Verdi de Parme pendant cinq jours. La promenade continue…

Busseto : Verdi en XXL

La matinée de notre deuxième jour était consacrée à la visite de Busseto, ville de jeunesse du compositeur. Accessible de Parme en train en une quarantaine de minutes, la petite ville recèle de nombreux joyaux qui lui sont liés. En faire le tour nécessite une journée complète. Manque de temps (et représentation du soir oblige), la promenade s’est limitée à deux lieux emblématiques (et à une jolie cerise sur le gâteau).

Le musée Verdi.

Celui-ci est installé dans la très belle Villa Pallavicino et a été ouvert en octobre 2009
Le parcours conçu par le metteur en scène Pier-Luigi Pizzi est organisé chronologiquement autour des œuvres principales de Verdi, en lien avec son histoire personnelle, ses engagements politiques et les événements qui marquèrent cette période pendant laquelle va se jouer l’indépendance et l’unité de l’Italie.
Les limites se trouvent précisément dans la richesse tant de la vie que de l’environnement du compositeur qu’il est difficile de résumer de manière trop lapidaire. Mais cette promenade dans le temps et dans la musique est absolument à faire pour ceux qui veulent se fixer des repères bien utiles sur le « cygne de Bussetto ». On y comprendra mieux le caractère parfois alambiqué des livrets des opéras de jeunesse, les ruptures artistiques, le lien avec les théâtres de la péninsule – mais également avec Paris – , la place singulière des grandes œuvres comme Aïda et l’aboutissement qu’est Otello, composé après seize années de diète musicale. On y croisera aussi quelques-unes et uns des grands interprètes de Verdi, mais la focalisation réalisée sur le compositeur laisse malheureusement peu de places aux autres protagonistes qui ont marqué sa vie et son œuvre. Et si l’on doit faire une critique, c’est d’abord sur l’environnement sonore bien trop envahissant. Néanmoins, les passionnés de Verdi se doivent de faire une halte dans ce lieu pédagogique.

La casa Barezzi.

Les carences du musée Verdi impliquent donc de compléter toute visite avec la Casa Barezzi. Aujourd’hui, siège de l’Association des amis de Verdi, située en centre-ville sur la Piazza Verdi, cet édifice eut une importance majeure dans la vie de Verdi. Antonio Barezzi fut celui qui permit l’épanouissement musical du compositeur, son protecteur et mécène et finalement devint son beau-père lorsque Verdi épousa sa fille, Margherita. Le jeune homme donna ses premiers concerts en public dans le salon que l’on peut désormais visiter et vint régulièrement dans le lieu jusqu’à la mort de son bienfaiteur. Dans cette maison, Verdi composa même en 1844 l’opéra I due Foscari.
On y trouve de nombreux documents d’archives, des photos, des affiches, des caricatures et des journaux qui permettent de se replonger plus facilement dans la vie et la carrière du compositeur.

Le musée Renata Tebaldi.

Situé dans les anciennes écuries de la Villa Pallavicino, la visite du musée dédié à la grande soprano des années 40-60 – qu’on dit rivale de la Callas – s’impose absolument. De nombreux documents provenant des collections de la mère et de l’héritière constituent une richesse inestimable sur sa carrière. Dans une scénographie signée Daniela Gerini, y est exposée une grande quantité de costumes de récitals et d’opéras des bijoux de scène et diverses pièces, comme un de ses passeports ou des contrats de travail. Même si sa carrière fut tournée vers de nombreux compositeurs principalement italiens, les contributions de la Tebaldi à l’œuvre de Verdi furent de grande importance. Ses Leonora (La Forza del destino), Elisabetta (Don Carlo), Aïda, Desdemona, etc. sont rentrées dans la légende. De passage à Busseto, il ne faut donc pas se priver de faire ce détour par ce très beau musée.

Le grand Leo Nucci au Teatro Regio : un panorama de l’art de chanter tout Verdi.

Présent à Parme ce 10 octobre 2019, il ne fallait pas rater le concert de l’un des derniers autres grands monstres sacrés. A 77 ans, Leo Nucci continue à se produire en représentations d’opéra, même si c’est parfois – l’âge a ses contraintes – de manière inégale. Pour autant, la santé vocale affichée pendant ce concert fût absolument impressionnante et lui permit de dérouler un panorama significatif de sa longue carrière au service de Verdi.
C’est un véritable voyage auquel il nous conviait, allant de Nabucco (1842) à Don Carlo (1867), en passant évidemment par Rigoletto (1851) qui fut, pour lui comme pour le compositeur une étape fondamentale.
On ne s’attardera guère sur Anastasia Bartoli, la soprano qui l’accompagnait, s’attaquant aux plus grandes pièces du répertoire verdien (la Forza, Macbeth, il Trovatore), chantant tout en « forte », sans nuances aucunes.

En revanche, l’extraordinaire réussite du concert reposait sur l’excellent chef Francesco Ivan Ciampa. Traitant la musique de Verdi avec fougue, il parvient notamment à sublimer quatre de ses plus belles ouvertures même si certaines sont pourtant parfois très jouées (la Forza del destino, I vespri siciliani, Luisa Miler, I masnadieri). La formation de jeunes gens (orchestra giovanile della via Emilia) qu’il dirige fait preuve d’une dynamique fraicheur qui fait plaisir à entendre. On y distinguera Nadia Fracchiolla, la jeune violoncelliste, très émue, qui joua élégamment le solo de l’ouverture d’I masnadieri.

Leo Nucci est non seulement un immense chanteur, mais également un interprète dans la plus pure tradition italienne, celle qui vous prend aux tripes et exalte la phrase verdienne. Chaque personnage de Luna à Rodrigo est reconnaissable dans ce geste toujours juste qui nous plonge immédiatement dans les scènes concernées. L’ami de Carlo est tout en souffrance et la larme du désespoir sur leur amour qui va disparaître nous prend aux tripes. La voix a gardé son velours, sa projection. Le vibrato n’est pas devenu envahissant comme parfois avec l’âge. Seuls, au début, ses sons « forte » semblent un peu tirés, mais se délieront rapidement au long de la soirée.
Le lamento de Rodrigo laisse la place aux sentiments contradictoires de Renato, le mari trompé du Bal masqué. Le baryton n’a aucun mal à utiliser les différentes couleurs de son timbre dans les registres de la souffrance, de la vengeance et finalement de la tendresse pour sa femme. La fin de première partie nous permet de retrouver les deux artistes dans la confrontation entre Nabucco et Abigaille. La partition de la soprano demande moins de subtilités que celle du baryton qui perd pied face à sa fille qui le dépossède de son pouvoir. Nucci y est, une nouvelle fois impressionnant de sensibilité, de combativité, de désarroi.

Démontrant la diversité des personnages qu’il a interprétés, donnant toute leur noblesse à ceux des premiers Verdi, il commence la seconde partie par « la sua lampada vitale » tiré de l’opéra I Masnadieri où il incarne cet homme résolu à détruire père et frère, sans jamais sombrer dans la caricature de méchant.
Nucci est toujours artiste de nuances et cela s’entend dans l’air où le doge Foscari réfléchit à sa condition de puissant aux pouvoirs insignifiants (I due Foscari). Son comte de Luna (Il Trovatore) rappelle également sa capacité à incarner les hommes brutaux sans jamais se laisser aller à des effets faciles.

Ce que tout le monde attendait du baryton, plus que tout, arriva en fin de concert.

Rigoletto était de retour sur la scène du Regio, ce Rigoletto mythique qui a profondément marqué de son empreinte les dernières décennies.
Et son « Cortigiani » fut littéralement ahurissant. Le vieux fou est certes SON rôle, mais parvenir encore, avec une ligne de chant intacte, à faire exulter à ce point les spectateurs, ne relève plus de l’art, mais disons-le du génie.

En cette fin de concert, l’artiste rayonnait, le public lui faisait la fête. Les étoiles étaient alignées et l’on avait eu la chance d’être dans leur trajectoire.

Visuel © Roberto Ricci et Paul Fourier

Vidéo : Leo Nucci dans Rigoletto à la Scala de Milan en 2015.

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Paul Fourier

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