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« Un jardin de silence » : hommage réussi à Barbara par L., Babx et Thomas Jolly à la Scala

« Un jardin de silence » : hommage réussi à Barbara par L., Babx et Thomas Jolly à la Scala

19 octobre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 3 novembre, sur la scène de la Scala, Babx., Raphaële Lannadère alias L. et Thomas Jolly rendent hommage à la « Longue dame brune » avec un medley élégant de chansons souvent rares et d’extraits d’interviews. Un spectacle qui a pour atouts secrets : le piano de Babx, son clair-obscur et la voix de Barbara conviée au bal.

Sur scène aussi bien que tirant les fils, Thomas Jolly ouvre le feu devant le rideau, pastichant le discours du ministre de la culture Frédéric Mitterand remettant à L. le prix Barbara en 2011. Un enterrement de salamalecs réjouissants qui bute sur la voix off de L., gênée et quasiment dégoûtée. Une silhouette, des lunettes noires mais une blondeur non cachée, un merci timide, une première chanson espiègle, réaliste et moins connue La Joconde, et le rideau peut s’ouvrir pleinement.

Des fleurs sont suspendues, des fauteuils 19e comme sur la couverture de l’album du Châtelet 1987. Le grand piano trône dans une pénombre gothique qui respecte le kohl noir et les gestes expressionnistes de la diva. Babx apparaît  derrière l’instrument avec ses grands cheveux, pour accompagner L. dans un A mourir pour mourir délicat.  On aime tout de suite l’essoufflement et la fragilité de L.. Mais si les trois personnages chantent tous, en se passant les plumes noires de l’idole, c’est peut être l’accompagnateur Babx qui est le vrai point fixe de cette soirée.

S’ensuit un focus sur les chansons des autres, volontiers gouailleuses quand  Thomas Jolly clame le Fragson de la Belle Époque (il a chanté Les amis de Monsieur à la Scala en 1901). 

A travers des bribes rejouées ou retransmises d’entretiens avec des journalistes bêtes à pleurer, rendus ridicules par un Thomas Jolly très en forme (big up pour la question sur « le public de Province » à celui qui tient ensemble Brel et Barbara pour une interview!) l’on comprend que Barbara ne se voyait pas auteur-compositeur. Elle disait qu’elle chante, c’est tout. Parce qu’elle ne savait rien faire d’autre. Dans la pièce, elle s’engueule avec Brassens, elle a une photo de Brel sur son guéridon de Précy-sur-Marne, mais elle aime chanter leurs chansons.  Même quand « elle fait des petits trucs pour elle-même » qu’elle découpe comme des vêtements. Le tout est de créer des « Pièces de théâtre en 3 minutes ».

Ce que les trois interprètes de Un Jardin du silence font durer un tout petit peu plus longtemps ! En  choisissant leurs textes, en parlant des dix ans de mission prévention sida à travers le témoignage de Gilles Pialoux sans chanter Sidamour à mort. En amenant toujours finement les chansons (La Solitude proposée a l’acmé de la deuxième partie du spectacle, dédiée au lien au public, plutôt que Ma plus belle histoire d’amour à laquelle on ne s’attendait que trop) et sans hésiter d’ailleurs à hacher menus les deux derniers titres…. Qui ne sont rien de moins que Mon enfance et Je ne sais pas (dire je t’aime). Chapeau bas ! Comme l’aurait dit la femme-piano…

Alors qu’on en a entendu des hommages à Barbara de Alexandre Tharaud (article) à la délicate Daphné (article)  jusqu’à l’ami foudroyant Depardieu (lire notre critique), en passant par le « populaire » Patrick Bruel et bien sûr Pierre Notte…. ce jardin-là, secret délicat, est vraiment joliment mis en scène à la Scala, avec le soupçon de rock qui marchait chez Amalric (lire notre critique à Cannes en 2017) mais sans hystérie, presque avec modestie. Jolly s’est offert le plaisir de dire et de chanter Barbara et l’on est heureux pour lui. L. mime beaucoup la chanteuse dans ses discours et ses déplacements un peu contraints, mais quand elle chante, elle communie et se libère. Sa voix, si différente – plus caille et moins chat- brille dans la délicatesse de Gueule de nuit et de La Solitude, et elle semble épanouie quand elle arrive à son Tant pis !, soutenue par un Babx extraordinaire, à son habitude. Le piano qui gronde depuis qu’il a quitté les dessous de celui de sa mère, le chant libre et la basse qui marque le rythme. Le plus beau moment, toujours dans cette lumière enveloppante, parfois aveuglante pour le public d’Antoine Traver qui donne un grain si sensuel au spectacle, est probablement celui où le pianiste s’offre un duo avec la voix enregistrée de Barbara qui psalmodie pour éviter les paroles… Un beau spectacle, ramassé, amoureux et intime.

visuel © Nicolas Joubard

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “« Un jardin de silence » : hommage réussi à Barbara par L., Babx et Thomas Jolly à la Scala”

Commentaire(s)

  • Duluc

    Ce jardin de Silence est en effet un magnifique spectacle sur le thème de Barbara. Doux, émouvant, drôle aussi (ce personnage de journaliste interprété avec brio par Mr Jolly !). Les lumières sont sublimes, tout simplement. Et le son l’est tout autant : c’est fin, c’est précis, c’est un vrai bonheur pour les oreilles ! À venir voir de toute urgence !!!

    octobre 20, 2019 at 1 h 04 min
  • Barbara

    Un vrai bonheur

    octobre 24, 2019 at 22 h 15 min

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