Chansons

« Le Jour se lève encore » : Alexandre Tharaud et ses talentueux proches rendent hommage à Barbara [Live-Report]

« Le Jour se lève encore » : Alexandre Tharaud et ses talentueux proches rendent hommage à Barbara [Live-Report]

15 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Pour les 20 ans de la disparition de « la longue dame brune », la Philharmonie de Paris a commandé au pianiste Alexandre Tharaud, artiste génial, qui fait exploser les barrières entre la classique, la chanson et la folk, une programmation pointu pour rendre hommage à Barbara. Autour de l’exposition (lire notre critique) et du spectacle (vu à Avignon cet été) où Juliette Binoche incarne la chanteuse, Dorsaf Hamdani, Guilaume de Chassy, Lou Casa et le compagnon de toujours Roland Romanelli avec Rebecca Mai faisaient vibrer le répertoire de Barbara ce week-end des 14 et 15 octobre 2017.

L’acmé de cette programmation montrent bien la diversité des héritages de Barbara était certainement le concert de ce samedi 14 octobre au soir, en grande salle Pierre Boulez archi-pleine: « Le jour se lève encore« . Derrière son piano et fou de bonheur, Alexandre Tharaud a demandé à ses amis, la plupart actifs dans l’aventure du CD d’hommage « Barbara » paru ce mois-ci chez Erato (lire notre chronique) de chanter avec lui. Sur scène : Albin de la Simone, Dominique A, Camélia Jordana, Bénébar, Vincent Dedienne, mais aussi les légendes Roland Romanelli, Michel Portal et Jane Birkin. Ainsi que les découvertes : Tim Dup, Radio Elvis, Mika Hary et Guillaume Gallienne dans un vieux texte vaudeville. Une soirée de 2h30 de déclaration amoureuse saluée debout par un public très ému.
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Timidement mais avec fermeté, en costume noir et rebook rouges (il avait demandé à tous de porter une touche de rouge en guise de dresscode pour l’hommage), Alexandre Tharaud nous raconte son lien si fort à Barbara : le grand tourne-disques familial du salon du 9e où passe de al chanson, l’école buissonnière avec elle au conservatoire en guise de révolte adolescente, le Châtelet, les amis saoulés par lui et le premier hommage, il y a 10 ans. Il commence dans la joie et l’émotion par un petit medley au piano, avant d’accueillir Tim Dub et Hindi Zahra pour « La longue dame brune » et puis la chanteuse Folk a embrayé sur une version anglaise de « Quand reviendras-tu? » soulignée par les cordes du Quatuor Zaïde.

Lumière rouge et humour pour Albin de la Simone qui fait sienne l’ironie de « Joyeux Noël » et la fatalité de ‘C’est trop tard » et tandis que l’on entend un Dominique A quasi réaliste dans « Cet enfant-là », l’on se dit que cet hommage passe beaucoup par de profonde et belle voix d’hommes et que la carte est peut-être plus judicieuse que de choisir des voix de divas gutturales. On a apprécié le décalage de la fragilité envoûtante de Zahra, de l’originalité un peu grasse du timbre de la québécoise Sofia Nolin (« La Ligne droite ») et le message de paix chanté en hébreu, en arabe et en français par Mika Hary avec « Perlimpinpin ». Et évidemment, l’aisance sur scène et le chuitement généreux de la voix de Camélia Jordana nous ont émus, notamment dans « Septembre » et  « La solitude ». Mais les « belles voix » étaient masculine, ce samedi d’hommage à Barbara, que ce soir le timbre clair de Vincent Dedienne dans « Drouot », la découverte de la voix de Pierre Guénard accompagné par ses collègues de Radio Elvis dans deux chansons issues de l’album « rock » « La Louve » : « L’enfant-laboureur » et le magnifique et révolté « A mourir pour mourir », c’est dans la gorge des hommes que la musique sonnait dans le spectacle généreux imaginé par Alexandre Tharaud.

Un univers de fans masculins ou le timbre un peu blasé de Bénabar dans « Mon enfance » ou l’appropriation parfaite de Albin de la Simone, second clavier de la soirée, on fait fleurès. L’émotion est à son comble, quand, modeste toujours, c’est non annoncée que Jane Birkin fait apparition, en jean et chemise noire, sur la scène de la Salle Boulez pour un « Là-bas » chic et discret. Et il nous reste encore les hits de Barbara à entendre : « Nantes » en version instrumentale par le bouleversant duo Portal/ Romanelli et puis « Ma plus belle histoire d’amour » par Dominique A.

Après près de deux heures et demie de musique vécue par les musiciens comme un grand boeuf d’honneur, ce sont eux qui distribuent à la salle des roses! Une attention adorable et un avant-goût de deux chansons collectives inoubliables : « Göttingen » et la « Petite Cantate ». « L’aigle noir » ne nous a pas vraiment manqué et l’on ressort de la soirée sage et rempli de tous ces échos que Barbara suscite encore aujourd’ui. Comme l’a crié un spectateur un tout petit peu moins  discipliné que les autres « Merci Alexandre! ».

visuels : YH

Pour entendre une version studio presque fidèle à ce moment live exceptionnel : rdv chez Erato ou sur Deezer pour écouter le Barbara de Alexandre Tharaud.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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