Chansons

Binoche et Tharaud parodient Barbara au Festival d’Avignon

Binoche et Tharaud parodient Barbara au Festival d’Avignon

24 juillet 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Attention, vent de people sur le Festival d’Avignon ! Juliette Binoche et Alexandre Tharaud se partagent le plateau de la Cour du Lycée Saint-Joseph, là même où la maison-mère d’Ibsen Huis faisait sa révolution,  pour Vaille que vivre, un hommage attendu et plat à Barbara.

En 1997, un an après la mort de la Dame brune, sont publiées ses mémoires, Il était un piano noir..., Mémoires interrompus. C’est ce texte qui constitue la matière de Vaille que vivre, un spectacle pensé à la fois comme un récital et une lecture sans texte à la main.

Le Festival d’Avignon décélère toujours grâce à des concerts. Il est arrivé qu’ils soient déments. On se souvient de Burger insomniaque dans la Cour d’Honneur, il est arrivé qu’ils soient révoltants, comme l’année dernière quand Rufus Wainwright massacrait justement Barbara.

Alors,  on se demande s’il est juste possible de chanter du Barbara autrement qu’entre amis à la fin d’un dîner. Jusqu’ici, seul Gerard Depardieu a réussi l’exploit aux Bouffes du Nord. Et face à l’obstacle, force est de constater que les stars que sont Juliette Binoche et Alexandre Tharaud ont buté.

Il y a pourtant la belle lumière d’Eric Soyer, qui dessine les univers de Joël Pommerat et le grand piano prêt à accueillir les doigts de celui qui a brillamment interprété Les Variations Goldberg. Il y a aussi toute la carrière de l’éblouissante Juliette Binoche (Sils Maria, Le patient anglais, Les amants du Pont-Neuf...).

Alors, on attendait pas grand chose de cette soirée, déjà les voir « en vrai », ensemble, fait l’événement. Mais tout de même, on reste mi-amusé, mi-interdit face à la proposition totalement ratée et incompréhensible. Alexandre Tharaud est un pianiste ni pop ni jazz, et Juliette Binoche, incroyable actrice oscarisée, habituée des plateaux (on l’a vu danser admirablement avec Akram Khan), n’est pas chanteuse.

La grosse erreur de Vaille que Vivre est d’avoir voulu imiter. Ils sont tous les deux la voix parlée, jouée et chantée de Barbara. Mais jamais le fantôme de la chanteuse ne s’efface derrière. Juliette Binoche est mal fagotée dans une combinaison étriquée pourtant signée Balmain. Le récital vire alors au parodique et de façon bien involontaire au comique.

Alexandre Tharaud est un pianiste sachant jouer du piano…. C’est déjà ça ! Alors, quand il entame l’air de « Nantes » ou « Dis quand reviendras-tu ? », dans des versions instrumentales, évidement qu’un peu de magie opère, rapidement écrasée par un jeu de scène à côté de la plaque. La voix est soupirante et murmurée, les larmes forcées et les gestes sont datés années 80.

Les émotions sont ici travaillées à la truelle, tout est saupoudré pour nous faire craquer sans y parvenir. Ni les lumières en halo violet, ni la reprise chantonnée de « Ma plus belle histoire d’amour c’est vous » n’opère.  Il y a un aspect clip publicitaire très déplaisant ici, surtout quand Binoche court avec à la main des Louboutin, semelles rouges bien visibles, chaussures qu’elle ne portera jamais. Elle les aura brandit comme ça, quelques secondes, avant de les balancer de part et d’autre de la scène.

(Ndlr : Au moment où pointe l’idée que la publicité pourrait financer les spectacles, pourquoi ne pas penser au placement de produit ? Ce n’est pas si bête…).

Alors, entre deux divagations personnelles sur le financement de la culture, on entend ce que l’on sait déjà. La « Solitude », l’inceste, l’amour, les hommes…On fredonne les chansons que l’on connait par cœur, que l’on continuera à chanter, faux, autour d’une table, un peu trop tard. C’est finalement comme cela, que le fantôme de Barbara nous fera un clin d’œil, les cils ourlés d’eye-liner, pour l’éternité.

Visuel : (c) Gilles Vidal

 

L’agenda culture du lundi 24 juillet 2017
Playlist de la semaine – en lévitation
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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