Théâtre

Face à face musclé entre Niels Arestrup et Alexis Moncorgé dans Rouge de John LOGAN au Théâtre Montparnasse.

Face à face musclé entre Niels Arestrup et Alexis Moncorgé dans Rouge de John LOGAN au Théâtre Montparnasse.

19 octobre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

La promesse est tenue. La pièce aux 6 Tony Awards s’installe en France. Niels Arestrup et Alexis Moncorgé s’y magnifient l’un l’autre dans une adaptation réussie.

Le grand plateau du Théâtre Montparnasse se déguise en un atelier d’artiste. La salle est encore éclairée pendant que Mark Rothko y déambule cigarette au bec. Le décor est splendide déréalisé mais si véridique. Et Niels Arestrup habite le lieu. Lorsque son nouvel assistant Ken (Alexis Moncorgé) débarque, l’univers est déjà planté. Nous sommes en immersion dans l’atelier de l’artiste auto maudit. Jérémie Lippmann le metteur en scène maîtrise son art.

Rothko vient d’accepter une commande spéciale pour un grand restaurant français de New York, le Four Seasons.. Il donne des instructions à Ken, son assistant, pour mélanger les peintures, assembler les châssis, préparer les toiles. Tandis que les toiles de commande émergent, Ken n’hésite pas à remettre en question les grandes théories du maître sur l’art. Rothko rend coup sur coup  sans baisser la garde. Il dissèque et étale son respect philosophique pour son art. Son assistant l’accusera d’hypocrisie, de compromission mercantile. Il entendra, argumentera, réfutera. La joute entre les deux hommes est délicieuse car elle est exigeante et trempée dans une humanité pudique. Car aussi elle pourchasse une excellence culturelle: Rouge de John Logan semble dialoguer de loin avec la pièce Art de Yasmina Reza dont elle est l’opposé ou l’opposant. Le Rouge efface le Blanc. L’art contemporain est attaqué, débattu mais jamais dénigré. Son humanité est encensée. Sa nécessité absolue au monde est rappelée. Nous sommes loin de la critique petite bourgeoise et convenue de Yasmina Reza. La pièce fait du bien. 

Si le combat des idées est captivant, le combat des comédiens est prodigieux. Alexis Moncorgé, révélation aux Molières 2016 pour son Amok recouvre de son talent le hiatus de renommée. Cet amoureux de Joris-Karl Huysmans (écrivain et critique d’art) trouve naturellement sa place dans un rôle composite et équivoque  qui constitue une nouvelle étape dans sa brillante carrière. Il est épatant à se planter en face de l’immense acteur que Niels Arestrup confirme une fois de plus et d’admirable façon être et rester. Notre expérience de spectateur se fonde dans l’intelligence du texte et la solidité de la mise en scène; en principal elle se plait dans l’inoubliable affrontement entre ces deux monstres de l’acting. 

 

 

 

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Rouge

Théâtre Montparnasse.

31 Rue de la Gaîté
75014 Paris

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi : 21hDimanche: 15h30

Durée du spectacle: 1h40

lien de réservation 

 

 

 

Crédits Photos ©TheatreMontparnasse.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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