Opéra

Donnerstag aus Licht : Totalité et sombre jeudi à l’Opéra Comique

Donnerstag aus Licht : Totalité et sombre jeudi à l’Opéra Comique

17 novembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

L’Opéra Comique donne à entendre le premier opus d’un cycle de 7 opéras créés par Karlheinz Stockhausen de 1977 à 2003. L’ensemble Le Balcon et Benjamin Lazare font vivre cette réminiscence totale.

Commencé en 1977 et donné pour la première fois en 1981, Donnerstag aus Licht est le premier volet d’un cycle de 7 opéras correspondant à chacun des jours de la semaine. Alors qu’il célèbre ses dix ans, Le Balcon dirigé par Maxime Pascal s’est donné pour objectif de faire vivre chaque élément de ce cycle avant 2018.

Avec une partition très exigeante de musique concrète qui suinte, crisse et nous emporte aux confins du tout et de l’enfance dès la longue et profonde introduction, Donnerstag aus Licht est une plongée dans la vie du compositeur et dans le mythe de Faust revisité. Stockhausen a triplé chacun des trois personnages principaux de son œuvre : le héros qu’on rencontre à l’entrée au Conservatoire, l’aimée et le diable.

Chacun est représenté par un chanteur, un danseur et un instrumentiste. Et chaque rôle se déploie : par exemple la mère et le père de premier acte deviennent l’aîmée, Eva (les chanteuses Léa Trommenschlager, puis Elise Chauvin) et Luzifer (la basse Damien Pass, le tromboniste Mathieu Adam et le danseur Jamil Attar). Le héros lui même, Michael, est représenté par deux ténors (Damien Bigourdan, Safir Behloul), un trompettiste (Henri Deléger) et la danseuse Emmanuelle Grach. Alors que toutes les voix sont extraordinaires, la mise en scène de Benjamin Lazare suit les didascalies précises du compositeur et fait le choix de disséminer l’orchestre hors de sa fosses pour brouiller les contours d’un spectacle qui se veut total. Dans des paysages résolument expressionnistes où les acteurs portent de scrupuleux vêtements d’époque, les mots et les gestes des personnages s’impriment sur des écrans en apesanteur. De son côté, la scène n’est ni verticale ni horizontale, sorte de magma moderniste sombre et informé qui évoque une tranchée de la Première Guerre désossée par le fer. Ambitieuse et imprégnée de mémoire et de totalité à la mesure de l’œuvre qu’elle livre, cette version importante de Donnerstag aus Licht est à voir jusqu’au 19 novembre à l’Opéra Comique.

Visuels: De gauche à droite : Accompagnateur de Michael, piano Alphonse Cemin, Eva soprano Léa Trommenschlager, Luzifer danseur Jamil Attar, Luzifer basse Damien Pass, Michael ténor Safir Behloul (acte III) / DR Meng Phu

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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