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Radiations psychédéliques à la Philharmonie

Radiations psychédéliques à la Philharmonie

26 octobre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Poursuivant le cycle Licht de Stockhausen initié en novembre 2018, l’ensemble Le Balcon, avec le concours du CNSMD de Paris et le Jeune Choeur de Paris, propose après Donnerstag et Samstag, Dienstag aus Licht à la Philharmonie, dans un spectacle aux saveurs parfois psychédéliques.

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La crise sanitaire ne saurait avoir raison du projet hors norme de Maxime Pascal et son ensemble Le Balcon : donner l’intégralité du cycle Licht de Stockhausen dans l’ordre de l’achèvement des sept volets successifs correspondant à chacun des jours de la semaine. C’est ainsi que la Philharmonie présente, ce samedi 24 octobre, avec un horaire avancé à 16 heures en raison du couvre-feu, le troisième épisode de ce qui tient davantage de l’expérience quasi mystique que du traditionnel spectacle musical ou lyrique. Plus encore que pour les deux précédents opus, Donnerstag et Samstag, Dienstag ne s’appuie pas sur une dramaturgie linéaire et conventionnelle : la volonté d’un spectacle d’art total du démiurge allemand le rapproche davantage du foisonnement de l’installation artistique.

Composé en deux actes, précédé, comme le Jeudi et le Samedi, d’un Salut du Mardi, l’ouvrage privilégie une temporalité distendue, voire extatique. Après un Dienstag-Gruss qui installe une atmosphère quasi hypnotique, sous la férule enthousiaste de Maxime Pascal, le Jahreslauf (La Course des Temps) offre un nouvel avatar du syncrétisme de Stockhausen, parodiant le kabuki dans un vaste décompte sur grand écran devant lequel évoluent les quatre coureurs des temps (Rodrigo Ferreira, Emmanuelle Grach, Sylvain Decloitre et Hacen Hafdhi), sous l’égide de l’arbitre campé par Thibaut Thezan, caricaturant à loisir les accents de l’esthétique nippone dans la langue française, tandis que s’opposent le Lucifer noir et âpre de Damien Pass et le Michaël de Hubert Mayer, dédoublés par des mimes en ombres chinoises non dénués d’humour. La dévolution de ce marathon, économe en apparentes péripéties, prend un tour plus spectaculaire quand le décompte atteint le 666, chiffre du diable, puis le 777, avant de mettre les pendules à l’heure de 2020, après quelques projections vidéos de nimbes et d’éclairs.

C’est dans le second acte, Invasion et Explosion avec Adieu, que la conception scénographique de Damien Bigourdan et la création visuelle de Nieto donnent toute leur démesure. Le résultat prend un tour psychédélique, avec des avions bariolés qui vrombissent au-dessus de la tête des spectateurs, avant de s’engouffrer dans une borne de béton aux allures de bunker, évoquant les souvenirs autobiographiques de Stockhausen pendant la Seconde Guerre Mondiale – plus que les propos controversés du compositeur à-propos du 11 septembre 2001, lors d’une conférence en Allemagne. Si le mur de granit s’ouvrant sur une main divine appuie une eschatologie parfois de bric et de bric, l’arrivée du juke-box chamarré du Synthi-Fou de Sarah Kim conclut ce Dienstag de manière flamboyante, sinon irradiante, sous la direction échevelée de Maxime Pascal redescendu depuis le public vers le plateau pour ce finale aux allures de maelström d’émotions qui ferait mentir les réputations austères de la musique contemporaine. Le prochain rendez-vous de Licht, également dans le cadre du Festival d’Automne est prévu le 15 novembre 2021, à la Philharmonie de Paris, avec Montag.

Gilles Charlassier

Dienstag aus Licht, Philharmonie de Paris, 24 octobre 2020

Visuel Dessin pour Dienstag Aus Licht © Nieto

 

 

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