Opéra

« Coronis » : une zarzuela du Siècle d’Or ressuscitée par le Poème Harmonique et Omar Porras au Théâtre de Caen

« Coronis » : une zarzuela du Siècle d’Or ressuscitée par le Poème Harmonique et Omar Porras au Théâtre de Caen

07 novembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Contemporaine des premiers opéras italiens, la zarzuela est un spectacle lyrique, mythique et mi-chantée, mi-parlée. Jouée à la fin de Siècle d’Or devant le roi Philippe V, Coronis de Sebastian Duron est pour la première fois remis en scène depuis le 17e siècle au Théâtre de Caen. Une fable légère et lumineuse qui ravit son public lors de sa première à Caen. 

En Thrace, la belle Coronis (Ana Quintans), échappe de peu à l’attaque d’un redoutable Triton (Isabelle Druet). Mais c’est pour mieux tomber entre les mains de deux dieux combatifs pour obtenir ses faveurs : Neptune (Caroline Meng) et Apollon (Marielou Jacquard). Une bataille tellurique – qui n’empêche pas le comique- où les éléments suivent les mouvements des flots ou les foudres du soleil…

Zarzuela entièrement chantée (avec juste un petit dialogue exécuté dans le public dans la dernière ligne droite), Coronis présente un duel de dieux amoureux avec une jolie économie de voix, presque toutes féminines et toutes très convaincantes (notamment Isabelle Druet en Triton). L’espagnol règne avec les mythes dans cette pièce où un couple d’humains bien plus prosaïque vient ancrer la fable que le rythme à la fois enlevé et lancinant de la musique exécuté avec éclat et chatoiement par le Poème Harmonique, sous la baguette de Vincent Dumestre.

Enveloppé par une mise en scène qui place les protagonistes dans une caverne de Platon que les tonnerres d’Apollon viennent éclairer, le public se laisse porter et emporter par le rythme et les voix. Le choix du voluptueux et du clair-obscur par le metteur en scène d’origine colombienne Omar Porras (directeur du TKM Théâtre Kléber-Méleau), la très élégante scénographie baroque et géologique de Amélie Kiritzé-Topor et la lumière enveloppante de Mathias Roche sont autant d’élément qui convient à un festin des sens et à une traversée des mondes, des imaginaires et des temps. Un spectacle abouti, qui consacre la renaissance d’une oeuvre rare ainsi que l’importance du Théâtre de Caen dans la création baroque à l’heure où le succès du Ballet Royal de la nuit conduit à une nouvelle tournée triomphale.

Coronis est à  voir au Théâtre de Caen jusqu’au 9 novembre puis les 31 janvier et 1er février 2020 à l’Opéra de Rouen, les 11 et 12 février 2020 à l’Opéra de Limoges, le 13 mars 2020 à la Maison de la culture d’Amiens, les 22, 24 et 25 mars 2020 à l’Opéra de Lille et les 2, 3 et 4 mai 2021 à Paris, à l’Opéra Comique.

Durée du spectacle : 1h50. 

visuel : affiche du spectacle

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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