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Le festival À Ciel Ouvert au Champ de Bataille

Le festival À Ciel Ouvert au Champ de Bataille

15 juillet 2021 | PAR Victoria Okada

Du 9 au 11 juillet, un nouveau festival À Ciel Ouvert s’est tenu dans le domaine du Champs de Bataille, dans l’Eure, entre Rouen et Evreux. Le Château du XVIIe siècle et son jardin, aménagés par son propriétaire actuel Jacques Garcia, décorateur de renom, sont un lieu habité. Vincent Dumestre et Le Poème Harmonique ont noué un partenariat avec le domaine, pour créer ce festival dans l’esprit du temps de Mazarin.

Musique du XVIIe siècle dans un château habité

Dans la période baroque, beaucoup de concerts eurent lieu à l’extérieur, entre les proches mais aussi de façon cérémoniale, avec fastes. Le festival renoue avec cette tradition, en proposant d’une part des concerts à courte durée (30 mn environ) dans les bosquets, sous forme de promenades musicales : c’est l’intimité qui prévaut, chaque pause musicale ne se jouant que devant une vingtaine de personnes. D’autre part, les grands concerts du soir qui réunissent instruments et voix, sont des moments de grandeur et de splendeur, d’autant qu’ils sont suivis d’un feu d’artifice.
Le beau temps devait accompagner les festivaliers de cette première édition et devait rayonner chaque coin idyllique du jardin, mais le ciel en a décidé autrement pour la première partie du festival.

Coronis sous la pluie

Coronis (c) Charles Plumey

En effet, lors du « grand concert du soir » de l’ouverture, le 9 juillet, la représentation de Coronis, zarzuela baroque de Sebastián Durón, a été interrompue à 15 minutes de la fin par une averse. Après quelques minutes d’attente, il a été décidé que le concert serait clos sans conclusion. Le lieu de cette représentation, le Théâtre de Verdure, totalement ouvert (les gradins ne sont pas suffisamment hauts pour permettre un minimum de réverbération) et la version de concert avec une mise en espace sommaire et sans costume rendent difficile la compréhension de l’histoire ainsi que chaque rôle. Mais les chanteurs ainsi que l’orchestre jouent avec variété de timbres et de couleurs, tout en étant subtils dans les expressions. C’est ce que permet le travail minutieux de Vincent Dumestre en reprenant cette partition qu’il a (re) créée en novembre 2019 à Caen (Lire notre article).

Les concerts déplacés à l’intérieur

Le lendemain, tous les concerts des « Bosquets musicaux » ont été déplacés à l’intérieur, la pluie ayant redoublé de force. C’était cependant l’occasion pour découvrir l’excellente acoustique de certaines pièces, comme les Écuries, où s’est déroulé un autre « grand concert du soir » : le programme « Lully et l’exotisme dans la musique française du XVIIe siècle ». Déjà donné à l’Auditorium du Louvre en janvier dernier sous le titre de « Aux cours du monde », c’est un tour du monde en musique, avec des airs de différents pays. Complètement occidentales pour la plupart, ces musiques évoquent cependant un exotisme rêvé. Quelques instruments spécifiques accompagnent ce parcours imaginaire partant de France jusqu’en Chine en passant par la Suisse, l’Italie, la Grèce et la Turquie, puis le retour par l’Afrique, des contrées juives et l’Espagne. Vigoureux et libres, inventifs et colorés, les musiciens et les chanteurs font preuve d’une grande finesse, tout en s’aventurant audacieusement dans les sonorités quelque peu insolites.
Malgré la pluie, un feu d’artifice a été tiré dans le jardin à la fin de ces deux soirées.

Les Bosquets musicaux et le concert de clôture dans le temple de Léda

Le dimanche, les radieux rayons du soleil ont remplacé la froide pluie. Les bosquets musicaux ont pu tenir dans les lieux initialement prévus, permettant ainsi de goûter les moments à la fois ouverts et intimes.
Trois parcours de deux concerts sont proposés, chacun portant un thème : Mazarin, l’artiste ; Mazarin, le diplomate ainsi que Mazarin et le théâtre des Passions. En effet, le thème de cette première édition est « La revanche de Mazarin ». Le domaine du Champs de Bataille fut jadis la propriété d’Alexandre de Créquy, qui se retira dans son château après la défaite de la Fronde. Aux différents lieux dans le jardin aux noms bucoliques — Bosquet de l’Eden, Carré du Paradis, Fontaine du Belvédère, Bosquet de l’Erèbe… — ont eu lieu des concerts par de petits ensembles, parfois avec du chant, parfois avec de la danse. Les trois parcours se rejoignent à la fin au Temple de Léda, un pavillon au style antique devant un canal, pour le concert final « Vents et voix d’Italie ». Les sons d’instruments à vent, tels que cornet, bombarde, bombardine, dulciane, flûte, mais aussi un régale (orgue portatif) à soufflets manuels, et des percussions, se mêlent avec les voix de cinq chanteurs, le tout sous la direction précise de Vincent Dumestre. Le festival s’est ainsi refermé dans l’énergie et le dynamisme.

photos © Charles Plumey

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