Opéra
Coronis donne une triple fête à l’Opéra-Comique

Coronis donne une triple fête à l’Opéra-Comique

17 février 2022 | PAR Victoria Okada

Pour couronner la tournée du spectacle créé en 2019 à Caen, Coronis de Sebastián Durón se pose à l’Opéra-Comique pour seulement 4 représentations. Entièrement chantée dans un bon mélange de caractères sérieux et comique, et dans une mise en scène colorée d’Omar Porras, l’œuvre est jubilatoire. Si la représentation en version de concert au Festival Ciel Ouvert s’est interrompu à cause de la pluie, celle de Paris est une triple fête : pour les yeux, pour les oreilles ainsi que celle des voix.

Contemporain de Scarlatti, Campra et Purcell, et également de Jean-Sébastien Bach, Sebastián Durón (1660-1716) est un compositeur encore méconnu. Il a créé tardivement Coronis, un opéra qui fait allusion à des événements politiques de l’époque : Coronis (la couronne espagnole), le monstre marin (la prise par la mer de Barcelone par les Britanniques), Apollon (un roi solaire, Philippe V le petit-fils de Louis XIV), Ménandro, Siène, bergers, paysans (le peuple souffrant pendant les conflits autour de la couronne)…

Fête pour les yeux

Mais aujourd’hui, ces références deviennent secondaires tant la mise en scène d’Omar Porras confère des aspects poétiques et fantastiques. Des ombres chinoises du début et d’autres jeux d’ombre tout au long de la soirée, des feux d’artifice et des fumées ponctuent des scènes extrêmement variées. Des personnages confiés presque exclusivement aux chanteuses évoluent dans des décors simples (Amélie Kiritzé-Topor) en costumes contrastés entre les divinités et les humains (Ateliers MBV Bruno Fatalot) et sous les lumières bleutées ou orangées avec des variants infinis de tons (Mathias Roche). Il va jusqu’à oser le kitch à la manière de Pierre et Gilles ou des personnages de manga dans le tableau final. C’est une fête pour les yeux !

Fête des voix

Cette fête visuelle est renforcée par une autre fête, celle des voix. Marie Perbost incarne Coronis pour cette production parisienne, avec une appropriation du rôle comme si elle avait toujours fait partie du plateau vocal. À ses côtés, Isabelle Druet, en Triton, donne un formidable modèle de « comment chanter sur scène » avec sa voix qui porte loin et avec une clarté surprenante. Cyril Auvity est le seul ténor parmi les personnages et honore le rôle de Protée, le vieux divin par son magnifique timbre qui s’élance. Anthea Pichanick et Victoire Brunel forment incontestablement, avec le couple Ménandro et Sirène, les protagonistes dans le registre comique de la zarzuela. Caroline Meng en Neptune fier et Eugénie Lefèvre en Iris en une fille rose-bonbon imposent, malgré leurs apparitions limitées, leurs présences évidentes. Marielou Jacquard chante un Apollon dans un timbre cristallin et agréable accompagné de gestes agiles mais la portée de sa voix n’est probablement pas aussi importante que celle des autres personnages et rompt par moments légèrement l’équilibre. L’autre ténor Stéphan Olry, qui interprète un rôle de femme, ajoute de manière définitive, en raison de sa grande taille, le caractère comique dans les ensembles vocaux qui servent de chœur.

Fête pour les oreilles

La partition orchestrale de Durón est remplie de surprises, avec des influences de tous les pays : des lamenti italiens, des airs semblables à ceux de la tragédie lyrique française, des couplets venus de chansons populaires… sans parler des guitare, castagnettes et harpe. La présence d’un orgue et d’un ottavino donne une couleur encore plus originale, alors que les hautbois et les bassons proposent, un moment, une sonorité étrange, sonorité presque de saxophone ! Vincent Dumestre, en dirigeant Le Poème Harmonique, met pleinement ces particularités en avant. Et c’est la fête pour les oreilles !

La représentation du 15 février.

Jusqu’au 17 février à Opéra-Comique

Photos © Stefan Brion

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Victoria Okada

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