Opéra

Le Ballet royal de la nuit : Féerie et émerveillement avant Noël

Le Ballet royal de la nuit : Féerie et émerveillement avant Noël

05 décembre 2017 | PAR Victoria Okada

Après la création au début novembre à Caen et des représentations à l’Opéra de Versailles à la fin du même mois, l’Opéra de Dijon a repris ce fabuleux spectacle unanimement salué par le public.

Un ballet au service de la grandeur royale
Le ballet royal fut représenté en présence de la reine et du cardinal Mazarin, devant la Cour, le soir du 23 février 1653 au palais du Petit-Bourbon, au Louvre. Il est composé de 45 entrées réparties en quatre parties ou « veilles » symbolisant chacune trois heures — La Nuit, Vénus, Hercule amoureux et Orphée — et un grand ballet final : « Le Lever du Soleil ». Il s’agit d’un projet « pensé au plus haut niveau d’État comme un outil de promotion du pouvoir royal » qui consiste à « l’un des spectacles les plus marquants du règne de Louis XIV […] sur de nombreux plans : politique, institutionnel, esthétique et musical », explique le directeur musical Sébastien Daucé.

Heureux mélange de styles et de genres
Le livret d’Isaac de Benserade, un poète déjà reconnu à la date de la création du ballet, fait appel à tous les registres, le fantasque, le sérieux, le comique ou le burlesque, mettant en scène des gens appartenant à toutes les couches de la société : des coquettes, des chasseurs, des divinités, des bandits, des estropiés, des soldats, des Égyptiens…
La mise en scène concoctée par Francesca Lattuada, qui a également conçu la chorégraphie, la scénographie et les costumes, respecte parfaitement ce mélange à premier regard saugrenu mais ô combien enchanteur, en attribuant une importance primordiale aux circassiens qui évoluent de mille façons dans chaque entrée. Sur la scène aux lumières sombres, dépourvue de tout décor, se succèdent des êtres extraordinaires qui peuplent la nuit, inconnus d’humains ordinaires pendant leurs sommeils : la Reine de la Nuit en géante, les Coquettes barbues en robe rose de Barbie avec des perruques du Grand Siècle, les Lanterniers sur les échasses, les Trois Grâces en tunique dont deux nues face et un dos, les Parquets jongleurs, les Sirènes nageant sur les planches, e Lièvre lunaire avec les yeux en lampes torches, le Grand homme-Satan aux deux cornes, les Loups-Garous littéralement moitié homme moitié loup, les Ardents entourés de bâtons de feu tournés dans tous les sens, les Sorcières aux petites ailes mais sans bras… Des héros et des héroïnes de mythologies et de romans trouvent également leur place dans ce défilé surnaturel : Hercule, Vénus, Endimion, Déjanire, Junon, Orphée, Eurydice et encore.

Idéal d’un royaume puissant, généreux et en paix
Ces personnages bousculent les codes attribués habituellement aux hommes et aux femmes, comme l’exemple des Coquettes. Est-ce une interprétation actualisée d’un monde en paix qui réunirait toutes sortes de vivants et de morts, ce que voulut représenter le règne du Roi Soleil qui les éblouit tous de son éclat ? Et ce Louis, jeune homme âgé de 15 ans lors de la création du ballet, est incarné par Sean Patrick Mombruno, collaborateur de Blanca Li, de Philippe Decouflé, de Yannis Kokkos (Jules César en Égypte de Haendel), du Ballet Béjart (Le Boléro de Ravel), ou de Charles Roubaut (Aïda de Verdi). Son corps herculien, d’une beauté à l’image de l’idéal antique, serait la représentation même de la perfection et de la puissance. Il apparaît une fois en somptueux kimono (clin d’œil au pays du Soleil Levant ?), presque immobile, étalant son autorité tranquille, ce qui pourrait être une autre image de la paix. Ainsi, pour cette mise en scène, plusieurs lectures sont possibles selon la sensibilité de chacun, comme à l’époque, chacun pouvait comprendre le message final à son niveau.

La reconstitution musicale
Sébastien Daucé a effectué un travail méticuleux de reconstitution de la partition, dont il ne reste que la partie du premier violon copiée à la fin du XVIIe siècle par Philidor. bibliothécaire de la musique du Roi. La musique vocale, retrouvée dans un livre d’airs de Jean de Cambefort (surintendant de la Musique de Chambre du Roi) publié en 1655, et le livret de 1653, contenant des gravures de costumes et de scènes, permet de suivre le déroulement du ballet. Le claveciniste-chef s’est inspiré de l’écriture à cinq parties à la française (qui fonctionne par famille d’instruments), et a travaillé sur les ornements, différents des ornements baroques « courants ». Puisque le projet du ballet a été lancé par Mazarin, Italien qui avait un goût pour l’opéra de son pays, Sébastien Daucé a choisi d’intégrer des intermèdes, extraits de deux œuvres que le ministre du roi a commandés dans cette période : Orfeo de Rossi, joué 6 ans plus tôt dans la même salle dont on réutilise pour une partie du Ballet de la nuit les mêmes décors ; et Ercole Amante (Hercule Amoureux) de Cavalli, car Hercule est une représentation du roi et que l’œuvre fut donnée au mariage de Louis XIV. Les mêmes personnages dans le ballet et dans ces deux opéras, assurent également la cohérence.
La partition ainsi recomposée fait revivre une sonorité ancienne et royale, ingénieusement rendue par les musiciens et choristes de l’Ensemble Correspondance dans la moindre subtilité.
Les chanteurs solistes et choristes, les jongleurs, les acrobates, les musiciens et les créateurs dans les coulisses (costumiers, perruquiers, régisseurs, créateurs de lumières…) apportent tous leur part égale les uns aux autres au succès de ce spectacle, féerique, merveilleux, entier et total.

Le Ballet royal de la nuit, ballet de cour (1653)
Jean de Cambefort, Antoine Boësset, Louis Constantin, Michel Lambert, Francesco Cavalli, Luigi Rossi musiques
Isaac de Benserade textes
créé le 23 février 1653 au Petit-Bourbon à ParisOpéra de Dijon, 5 décembre 2017

Ensemble Correspondances Chœur et Orchestre
Sébastien Daucé Direction & reconstitution musicale
Francesca Lattuada Mise en scène, chorégraphie, Scénographie
Francesca Lattuada, Olivier Charpentier, Bruno Fatalot Création costumes
Christian Dubet Création lumières
Catherine Saint Sever Création maquillage, coiffures, perruques
David Herrezuelo Assistanat mise en scène

Distribution :
Violaine Le Chenadec dessus Une Heure, Cintia, Une grâce française
Caroline Weynants dessus Eurydice, Une grâce française
Caroline Dangin-Bardot dessus Vénus, Le Silence
Judith Fa dessus Pasitea, Mnémosyne
Deborah Cachet dessus La Lune, Déjanire, Une grâce, Bellezza
Ilektra Platiopoulou dessus Junon
Lucile Richardot bas-dessus La Nuit, Vénus
David Tricou haute-contre Apollon, L’Aurore
Davy Cornillot taille Endymion
Étienne Bazola basse-taille Le Sommeil
Renaud Bres basse Ercole
Nicolas Brooymans basse Grand Sacrificateur
Chœur : Anaïs Bertrand, Jeroen Bredewold, Stéphen Collardelle, Constantin Goubet, Stéphanie Leclercq, Randol Rodriguez, Amandine Trenc, René Ramos Premier
Danseur : Sean Patrick Mombruno (Louis XIV)
Jongleurs : Jive Faury, Thomas Ledoze, Yann Oliveri
Acrobates : Marianna Boldini, Pierre-Jean Bréaud, Adria Cordoncillo, Frédéric Escurat, Alexandre Fournier, Caroline Le Roy, Pierre Le Gouallec, Pablo Monedero de Andrès, Jordi Puigoriol, Michael Pallandre, Florian Sontowski, Chloé Tribollet
Auditorium de l’Opéra de Dijon, les 2, 3 et 5 décembre 2017

Visuels © Philippe Delval

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