Opéra
De Monteverdi à Cavalli : un Combattimento inédit mais inégal

De Monteverdi à Cavalli : un Combattimento inédit mais inégal

11 juillet 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Pour le Festival d’Aix-en-Provence, la metteuse en scène Silvia Costa et le chef Sébastien Daucé signent un spectacle musical inédit mêlant des airs du baroque italien de compositeurs divers. Intrigant. 

Le didactisme au risque de la naïveté 

Disons le d’emblée : on a du mal à suivre le parti-pris de mise en scène de Silvia Costa. Chaque tableau (Combat, Lamentations, Soulèvement et reconstruction) s’inscrit dans une esthétique différente dont on peine à comprendre les liens. Le premier d’entre eux, se concentrant sur Il combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi, pose les bases d’un art cinétique héraldique. Tour à tour apparaissent des formes lumineuses (points reliés par des lignes, cercles concentriques) qui ne sont pas sans rappeler le travail plastique de François Morellet. Si les premières images ainsi créées intriguent, les autres semblent bien moins réussies. En effet, que penser de ce rideau de fond de scène séparé en deux parties rouge et verte avec des lettres T au dessus de Tancrède et C au dessus de Clorinde ? Une fois passée la sensation d’être chez l’ophtalmologue, on est sans cesse perturbé par la naïveté des images construites : les épées des combattants sont des tubes de néon lumineux dignes de Star Wars, le sang est figuré par un tissu rouge tiré de la manche de Clorinde… On se sent, pour le moins, désarmés face à ces costumes tout droit sortis d’une imagerie médiévale d’Epinal. Tout comme nous le serons lors du troisième tableau où, changeant à nouveau complètement d’esthétique, Silvia Costa, fait construire aux artistes lyriques, en costumes et robes années 50, une maquette immense d’une ville à (re)construire. Deux d’entre eux, portant un nuage, en feront tomber de la pluie grâce à un arrosoir, un troisième portant des éclairs de papier figurera l’orage tandis que d’autres y traîneront la maquette de ce qui semble être le champignon d’une bombe nucléaire. 

Silvia Costa multiplie les signes comme pour vouloir se/nous rassurer sur la construction dramaturgique du spectacle. Elle semble vérifier que nous avons tout bien compris. Comment comprendre autrement son besoin de mettre d’un coté et l’autre de la scène, un fanion avec les lettres alpha et omega et les rapprocher en fin de spectacle ? Ou bien que les artistes montrent du doigt chacun des éléments de la scénographie ? 

Seul le deuxième tableau semble offrir un écrin au travail vocal et musical. En costume noir avec col à fraise, dans un cadre de scène sombre, les artistes manipulent des objets blancs liés au deuil : urnes funéraires, cercueil pour enfant. Cessant, enfin et pour un temps seulement, de démultiplier les images, la mise en scène semble se poser. Et l’émotion peut alors poindre. On retiendra surtout la découverte du « Hor ch’e tempo di dormir » de Tarquinio Merula. Passant d’un berceau blanc noué de voiles au cercueil pour enfant au centre du plateau,  la soprano Caroline Weynants nous bouleverse dans cette canzonetta spirituale (petite chanson spirituelle). C’est seulement dans ce trouble, cette indétermination entre l’endormissement et la mort de l’enfant que le public peut alors être au travail, réfléchir et se laisser émouvoir. 

Une exceptionnelle réussite musicale 

Il faut bien admettre que le parti-pris musical était risqué. Combattimento rassemble des airs des airs déjà célèbres de Monterverdi, Cavalli et Rossi et ceux de compositeurs moins ou peu connus du grand public Buonamente, Massaino, Carissimi et Merula. Si les thématiques sont les mêmes (le deuil, la vanité de l’existence, le combat) et les écritures musicales d’une facture semblable, il n’en demeure pas moins vrai que le risque du pot-pourri semblait inéluctable. Or, et c’est certainement, la grande réussite de cette production, il n’en est rien. La richesse du travail musical est telle que l’on est face à un objet esthétique qui semble avoir été écrit tel quel. Les airs se répondent, correspondent, résonnent entre eux. Quel plaisir de découvrir des airs du Jephté de Carissimi ou de la leçon de ténèbres de Massaino. Il faut tout le goût du risque de Sébastien Daucé pour relever ce pari et ne pas tomber dans la simplicité de se contenter d’airs déjà célèbres. 

L’ensemble Correspondances est ici, comme toujours, exceptionnel. Le mot « ensemble » sonne avec lui de manière tout à fait particulière tant musiciens et artistes lyriques ne font qu’un. Des graves bouleversants de la basse Nicolas Brooymans aux trilles légères de Julie Roset, nous sommes face à la perfection. Le travail de chœur, en polyphonie, force le respect. Unie dans un même souffle avec l’orchestre (on aime toujours autant le son du violon de Josèphe Cottet) la distribution vocale fait entendre chaque note de ce panorama musical rare. On retiendra également l’exceptionnelle interprétation de Valério Contaldo dans le rôle du récitant du Combattimento. On y entend, et c’est presque inédit, non seulement l’écriture de Monteverdi mais aussi combien celui-ci nourrit son inspiration de chants traditionnels qui semblent avoir traversé les âges.  Et l’on se sait gré des découvertes musicales du spectacle, de la richesse de la palette d’émotions portée par la direction de Sébastien Daucé, de la richesse de l’interprétation. 

Une proposition inédite dont on repart circonspect, tiraillé entre l’alpha et l’oméga de ce doit ou devrait être une mise en scène au service d’une trop rare réussite musicale. 

 

Combattimento, la théorie du cygne noir par Silvia Costa et Sébastien Daucé 

Sur des airs de Monteverdi, Buonamente, Massanino, Carissimi, Merula, Cavalli et Rossi

Festival d’Aix-en-Provence au théâtre du Jeu de Paume, les 14, 16 et 18 juillet à 20h00

Crédit photo © Monika Rittershaus

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