Opéra

« Cendrillon » : Angers Nantes Opéra revisite l’œuvre de Massenet

« Cendrillon » : Angers Nantes Opéra revisite l’œuvre de Massenet

17 décembre 2018 | PAR Sarah Reiffers

Qui dit fin de l’année dit magie et conte de fée. Angers Nantes Opéra ne déroge pas à la règle et nous propose une nouvelle adaptation du Cendrillon de Jules Massenet, mis en scène par Ezio Toffolutti et chorégraphié par Ambra Senatore. Une œuvre plaisante pour les grands comme pour les petits, servie par une mise en scène intelligente. 

C’est entre 1894 et 1895 que le compositeur français Jules Massenet, salué déjà pour ses nombreuses œuvres dont Manon, Werther et Sapho, compose Cendrillon. Henri Cain et Paul Collin signent le livret, adapté du célèbre conte de Perrault. Monté à l’Opéra-Comique en 1899, Cendrillon remporte alors un grand succès populaire mais est de nos jours tombé dans l’oubli. Angers Nantes Opéra en propose une nouvelle adaptation, fidèle à l’esprit féérique de l’œuvre, et accessible aux petits comme aux plus grands.

Avant même que ne résonnent les premières notes, Cendrillon adresse un conseil direct à son public : que celui-ci oublie la noirceur de la réalité et accepte de s’enfoncer, du moins pour quelques heures, dans le merveilleux et l’enfance. Fidèle au conte d’origine, Massenet ne délaisse ni les fées, ni les rêveries. Son traitement du merveilleux se fait tout en délicatesse et sensibilité. Si son ton devient parfois moqueur, ce n’est jamais que pour rire de ceux qui s’accrochent à la matérialité et à l’avidité. Le regard que Massenet et ses librettistes portent sur les deux grands rêveurs de l’œuvre, Cendrillon et son prince, est toujours doux et aimable.

La mise en scène d’Ezio Toffolutti ne trahit jamais ce parti-pris. Elle y ajoute cependant quelques soupçons de réalisme et de froideur. Les décors, grandes toiles peintes comme dans la tradition théâtrale, sont sombres et gris, froids et symétriques : des murs imposants et étouffants qui semblent s’élever vers l’infini. Mais toujours la trace du merveilleux subsiste : ainsi les vagues peintes sur les murs de la demeure du père de Cendrillon, flanquées de deux petites fenêtres comme des hublots, se font comme une invitation au voyage…Cet équilibre entre songe et réalité, merveilleux et noirceur se retrouve dans les costumes : les fées qui composent la cour de la Marraine n’ont ni d’ailes, ni de paillettes, mais sont entièrement recouvertes de tissus ne laissant apparaître que leurs yeux, leur nez et leur bouche, tels des lépreux. Et que dire des robes des femmes venues au Bal dans l’espoir d’épouser le prince ? Laissant voir les dessous de celles qui les portent, elles participent à l’impression générale de grotesquerie qui règne sur la scène. C’est ici qu’Ezio Toffolutti frappe le plus fort : l’amour devient un produit de consommation, un bien que l’on doit vendre ou acheter sous l’ordre d’un roi ; et le Bal féérique n’est plus qu’un défilé ridicule de corps à vendre, une transaction entre les femmes du royaume et le prince, perché telle une statue sur son piédestal pour être lui aussi mieux observé. La chorégraphie d’Ambra Senatore, directrice du Centre chorégraphique national de Nantes, ne fait que renforcer cette impression de ridicule. Les mouvements cassés et quasi-robotiques de ses danseurs semblent se moquer de la fluidité et de la grâce recommandées par la belle-mère de Cendrillon pour séduire le prince. Au final seuls Cendrillon et le prince, deux adolescents davantage ancrés dans le songe que la réalité, sauront y échapper.

La musique de Massenet, sans airs particulièrement remarquables, reste plaisante à écouter. Les voix féminines dominent dans cette partition légère et féerique, presque impressionniste. Sous la baguette de Claude Schnitzler, l’Orchestre National des Pays de la Loire, le Chœur d’Angers Nantes Opéra et les solistes se sont livrés à l’exercice sans difficulté.

Visuel : Jean-Marie JAGU

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