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Bel canto sur toute la ligne à Liège

Bel canto sur toute la ligne à Liège

22 avril 2019 | PAR Gilles Charlassier

Le printemps fait éclore le bel canto à l’Opéra Royal de Liège, avec une nouvelle production d’un Donizetti désormais moins rare sur les scènes, Anna Bolena, où brillent deux des plus grandes voix de la nouvelle génération, Olga Peretyatko et Celso Albelo.

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Les amateurs de bel canto avaient mis les dates sur leur agenda. Dans une coproduction avec Lausanne, où le spectacle vient d’être donné en févier dernier, et Bilbao, qui devra attendra mai 2020, Olga Peretyatko incarne pour la première fois le rôle-titre d’Anna Bolena. Créé la même année que La Somnambula de Bellini, dans l’éphémère saison lyrique du Teatro Carcano à Milan, où les généreux moyens d’un petit groupe de mécènes n’ont pu résister à la concurrence de La Scala, le vingt-neuvième opéra de Donizetti sort désormais du relatif purgatoire où il était tombé au vingtième siècle, et relate la chute d’une des nombreuses épouses d ‘Henry VIII, sous la plume de Felice Romani, librettiste régulièrement sollicité par le Romantisme italien, avide de fresques historiques, comme toute l’Europe de l’époque.

Native de Saint-Pétersbourg, la soprano russe a désormais conquis les scènes du monde entier, et revient sur les planches de Liège trois ans après un concert, donné en 2016. Mêlant un tempérament évident et une élégance irradiant autant la présence vocale que son pendant physique, elle s’appuie sur les ressources de son timbre pour éclairer la richesse psychologique d’un personnage qui ne se limite pas au pourpoint de l’apparat et de l’éclat. Plus qu’à une concurrence dans une insolence des moyens qui confondrait peut-être son talent avec plus d’une prétendante, c’est à une mise en évidence de la crédibilité et du sens du style qu’elle se livre avec Celso Albelo. En Percy, l’amant de jeunesse de la Reine, le ténor canarien se montre au diapason de sa partenaire et se distingue par un chant solaire et délié, d’une finesse remarquable.

Sofia Soloviy campe une Seymour rivale aussi vaillante que sensible, équilibrant virtuosité et expression. Également avatar de la nouvelle génération, Marko Mimica résume l’autorité de Henry VIII, avec un aplomb qui n’attend pas les ans, et que la maturité patinera sans doute. On ne manquera pas d’applaudir la fraîcheur du page Smeton assumée par Francesca Ascioti, contrastant avec le grain patriarche du Rochefort de Luciano Montanaro, solide basse régulièrement invitée à Liège. Mentionnons encore l’intervention de Hervey, confiée à Maxime Melnik, le cadet du plateau, finaliste de Voix Nouvelles l’an dernier, que l’on a entendu ici dans Aïda en février, et qui gagnera sans doute rapidement en assurance. Préparés par Pierre Iodice, les choeurs remplissent sans faiblir leur office, sous la direction de Giampaolo Bisanti, qui fait vivre les couleurs et le génie mélodique de la partition, au service des chanteurs.

Quant à la mise en scène du maître des lieux, Stefano Mazzonis di Pralafera, elle obéit à des choix esthétiques qui ne cherchent pas à contredire la littéralité des œuvres. Avec la complicité des décors de Gary McCann et des costumes dessinés par Fernand Ruiz, la lecture proposée reconstitue une Angleterre des Tudor non dénuée de raffinement, et laisse une place à Elisabeth I, l’héritière à la crinière rousse encore enfant ici, aux côtés de sa mère, Anne Boleyn. Très réussis, les réglages lumineux de Franco Marri module de belles atmosphères dramatiques, entre les grandes scènes de foule et les séquences plus intimistes, et rehaussent une production accompagnant la musique avec une modestie salutaire mais non avare pour les yeux, ce qui ne réjouira pas que les amateurs de belcanto. Les absents pourront d’ailleurs se rattraper sur culturebox et Mezzo, qui ont capté le spectacle.

Anna Bolena, Donizetti, mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera, Opéra de Liège, avril 2019

visuel ; Ensemble © Opéra Royal de Wallonie Liège

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Gilles Charlassier

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