Classique

Percussions et musique contemporaine à l’honneur au Festival de Pâques de Deauville

Percussions et musique contemporaine à l’honneur au Festival de Pâques de Deauville

22 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

D’entrée libre et festive, le concert du lundi de Pâques à Deauville mettait à l’honneur la musique contemporaine et les percussions.

La première partie du concert permettait d’entendre trois œuvres des années 1970 et 1980 par le Trio Xenakis (Rodolphe Théry, Adelaide Ferrière et Emmanuel Jacquet), en résidence depuis juillet 2018 à la Fondation Singer-Poligac. .

Une petite présentation de chacune des trois oeuvres de la première partie a été faite par les trois percussionnistes et leur a permis de commenter l’imposant dispositif d’instruments sur scène. Avec un supplément d’âme pour la pièce de Xenakis inaugurale, alors que le compositeur grec est pour eux un précurseur du répertoire et de la création d’aujourd’hui pour percussions.

Dans Rebonds (1988) de Iannis Xenakis, donc, qui se constitue en deux parties séparées, Adélaïde Ferrière seule devant les caisses fait déferler un tonnerre très rythmé. Le mouvement ralentit pour donner quelque chose qui se suspend entre la colère et le tribal, avec des silences presque plus inquiétants que les sons explosifs inauguraux. Plus organique et presque dansante, la deuxième partie nous mets avec mélodie dans un état de quasi-hypnose. Le rythme se repose et l’écho se fait plus précieux et métallique, avant que l’écho ne reprenne et qu’un deuxième percussionniste ne pousse le son jusqu’à saturation. La pièce est somptueuse à oreille, autant que magnifique à suivre visuellement, tant tout le corps de la musicienne est entièrement impliqué au cœur des instruments.

Le deuxième pièce est « un ballet de mains » sur trois tables simples, signe Thierry De Mey (1987). Les trois percussionnistes assis côte à côte s’adonnent à des jeux de mains chorégraphiques qui scandent le silence comme un trot majestueux. À temps, les paumes glissent de droite comme de gauche et la caresse de la table est aussi sonore et délicieuse que le brut mat du coup. Souvent synchrones, les mouvements sont parfois différenciés, pour constituer un véritable petit orchestre de doigts et de poignets. Un dénuement 

Trichromie de Yoshihisa Taïr (1977), disciple japonais de Olivier Messian, commence par un son plein et synchrone pour les 3 percussionnistes. La distinction arrive en roulements du côté de la soliste tandis que que ses deux collègues battent le rythme à l’unisson. Puis les bois et le métal sont sont mis en avant, avant se n’interviennent les cymbales suspendues. Le trio reprend aux trous coin de la scène sur de graves instruments selon un rythme puissant qui écrase peu à peu son écho.

En deuxième partie, avec des percussions simplifiée pour deux des membres du trio Xenakis et deux pianos (Philippe Hattat, Théo Fouchenneret), c’est Bartok qui était à l’honneur avec sa Sonate de 1937. Le premier mouvement s’amorce sur piano et avance avec une inquiétante étrangeté subtilement relevée par les percussions. Le son monte comme un sentiment de panique, les pianos grondent et les percussions se font autoritaires. Et la foudre éclate des claviers avec violence. Puis cela s’adoucit et devient plus aquatique. Et même doux et délicat, avec des glissandos, sur clochette minutieuse. La mélodie se poursuit de plus en plus intense sur les pianos tandis que les percussionnistes se font entendre autant à mains nues qu’à la baguette.

Petit roulement métallique concentré, le deuxième mouvement « lento ma non troppo » s’accompagne d’une petite mélodie inquiétante aux pianos. L’intensité monte à nouveau et sur un rythme ralenti, les échos entre pianos et percussions se font très majestueuses

Le xylophone et le rythme enjoué des pianos réveillent et font vivre un moment toujours très élégant, mais beaucoup plus plein de vie et de mouvement, dans l’intense « Allegro non troppo » final. Un mouvement qui se conclut par la lame d’un couteau sur une cymbale qua, et a été encore renforcé par les cloches pascales de l’église voisine. Et un mouvement qui nous a été rpété et offert en bis fougueux  salué.

Nous quittons Deauville un peu tristes, dans une chaleur encore enivrante tandis que le Festival se poursuit encore dix jours,  avec un prochain Concert Bruckner/Brahms vendredi 26 avril.

Visuel: YH

Bel canto sur toute la ligne à Liège
Toulouse rend justice au chef-d’oeuvre de Dukas
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *