Opéra

A Berlin, Anja Harteros est une Tosca intense et vraie

A Berlin, Anja Harteros est une Tosca intense et vraie

18 novembre 2016 | PAR Nicolas Chaplain

Anja Harteros chante Floria Tosca à la Deutsche Oper de Berlin. La soprano triomphe dans ce rôle qu’elle a chanté à Munich et à Paris. Son timbre envoûtant et pur, ses nuances admirables, sa silhouette longue, sa présence juste et intense, son élégance, son aisance naturelle et son interprétation glorieuse du rôle captivent.   

tosca

La mise en scène de Tosca que programme cette année encore la Deutsche Oper est celle que créa  Boleslaw Barlog en 1969. On apprécie les décors cossus et réalistes, les costumes d’époque qui sentent la naphtaline comme une relique ou un vieux film dont on se délecte du charme désuet mais sans aucune nostalgie tant les scènes d’opéra proposent aujourd’hui des versions/lectures innovantes et passionnantes des œuvres. Respectant le livret de façon littérale, le metteur en scène situe l’action de l’acte I dans la chapelle de l’église Sant’Andrea della Valle à Rome. Une toile en trompe l’œil illustre le style baroque, les colonnes et les vitraux par lesquels pénètrent les rayons de soleil. L’acte II se déroule au Palais Farnèse dans les appartements austères et sombrement éclairés à la bougie tandis que la lumière du soleil levant illumine la terrasse du Château Saint-Ange dont on reconnaît les remparts et la statue de Saint-Michel.

L’orchestre de la Deutsche Oper dirigé par le chef croate Ivan Repušic produit des sons expressifs et amples, avec la brutalité et la tendresse sentimentale qui conviennent à l’œuvre de Puccini. Cavaradossi est campé par Jorge del León, dont la performance remarquablement éclatante semble parfois démonstrative et poussive. Extrêmement puissant musicalement et dramatiquement, Lucio Gallo interprète Scarpia, le dévot hypocrite et impitoyable homme de loi. Il impose une silhouette sombre et élégante, interprète le vice, la perversité de ce personnage autoritaire et répugnant sans aucune vulgarité. Princier, il exprime son trouble en chantant « Tosca, il y a de la place pour Scarpia dans ton cœur » avec un volume impressionnant et une crédibilité étonnante tant il convoque avec facilité une violence contenue et une séduction sournoise.

La Tosca d’Anja Harteros est somptueuse. Furieuse, jalouse, très mélodramatique parfois, elle multiplie les allées et venues, fait voler les plis de sa robe par des gestes amples, s’amuse des caprices de la cantatrice bigote et se signe avec une grâce inimitable devant la statue de la vierge. Puis, elle fait preuve d’une douceur extrême, d’un sang-froid digne et d’une extrême humanité, en témoigne le « Vissi d’arte » qu’elle chante superbement comme pour elle-même face à son reflet dans le miroir. La soprano puissante, impériale a l’habileté d’éviter toute caricature. Tout est naturel chez elle.  Lorsqu’elle chante, tout semble facile et vrai.

A la Deutsche Oper de Berlin, le 15 novembre 2016. © Bettina Stöß

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Nicolas Chaplain

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