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London 2012 : Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques

London 2012 : Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques

28 juillet 2012 | PAR Audrey Chaix


Hier soir, d’après les médias, plus d’un milliard de personnes se sont agglutinées devant leur petit écran pour regarder la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de London 2012. Sans compter les 80.000 chanceux qui étaient présents dans l’Olympic Park flambant neuf de Stratford. Mise en scène de Danny Boyle (Slumdog Millionaire, nous répète-t-on à l’envi, mais surtout Trainspotting…), un budget digne des plus grosses productions hollywoodiennes, 15.000 figurants… on nous promettait monts et merveilles pour cette cérémonie, mais personne ne savait vraiment à quoi s’attendre. Boyle a joué le jeu à 100% – mais ce que l’on retiendra, c’est qu’il a su surprendre, enchanter et même faire rire son public.

Le monde attendait des stars, le monde a été servi : pour ouvrir les festivités (et malheureusement, seul le public britannique a pu en profiter), l’acteur connu sous les traits du tout nouveau Sherlock de la BBC, Benedict Cumberbatch, fait honneur à la ville d’accueil des Jeux Olympiques dans une vidéo qui le voit filer dans un taxi londonien vers Stratford, sous l’œil bienveillant de la statue de Winston Churcill. Entrecoupée de visages d’athlètes, cette vidéo lance le ton : la cérémonie sera grandiloquente, à la gloire de la Grande-Bretagne, mais aussi d’excellente facture, autant dans le jeu des comédiens que dans la réalisation.

Bradley Wiggins sonne alors l’énorme cloche, sœur de Big Ben, qui annonce officiellement le début de la cérémonie, marquée par les hymnes des quatre nations qui composent le Royaume-Uni. Kenneth Branagh (remplaçant au pied levé le comédien Mark Rylance, contraint de se retirer de la cérémonie suite au décès de sa fille adoptive) est le premier à fouler une pelouse qui se veut symbole de l’Angleterre champêtre pré-Révolution industrielle. Interprétant Isambard Kingdom Brunel, grand ingénieur anglais du 19e siècle, il récite La Tempête de Shakespeare, vers magnifiques parfaitement adaptés à la situation :

Be not afeard. The isle is full of noises,
Sounds and sweet airs that give delight and hurt not.
Sometimes a thousand twangling instruments
Will hum about mine ears, and sometime voices
That, if I then had waked after long sleep,
Will make me sleep again; and then, in dreaming,
The clouds methought would open, and show riches
Ready to drop upon me, that when I waked,
I cried to dream again.
(The Tempest, 3.2.148-156)

Malheureusement, nos éminents commentateurs sur TF1, plutôt que de laisser le public profiter de la parfaite diction du comédien britannique, ont préféré noyer ses paroles sous une traduction plus qu’approximative… Mais le spectacle doit continuer, et la campagne bucolique se transforme en révolution industrielle, avant de laisser la place aux soldats de la Première guerre mondiale, avec un déluge d’hommages et de références à l’histoire et à la culture britannique, dont , en vrac : J. K. Rowling récitant un passage du Peter Pan de J. M. Barrie, Rowan Atkinson, hilarant Mr Bean massacrant la musique des Chariots de Feu, et une horde de Mary Poppins atterrissant, parapluie levé, sur la pelouse du stade pour chasser un immense et ténébreux Voldemort. Sans oublier Paul McCartney, les Arctic Monkeys, avec une belle reprise de « Come Together »,  et tant d’autres…

S’enchaînent alors une série de scènes qui n’ont parfois pas grand chose à voir entre elles, mais qui rivalisent d’effets spéciaux, émerveillant petits et grands. Car les enfants sont au cœur du propos de Danny Boyle, qui a fait appel à une chorale de petits sourds-muets pour chanter « God Save The Queen », et qui a su oser un immense pied de nez au gouvernement de David Cameron : avec le personnel et les petits patients du Great Ormond Street Hospital, il crée un vibrant hommage à la NHS, l’équivalent britannique de notre sécurité sociale, et que le gouvernement conservateur est accusé de mettre à sang. Un message qui a parlé à des millions de Britanniques, les réseaux sociaux en bruissent encore.

Vint ensuite un hommage à la télévision britannique ainsi qu’à la culture pop / rock du pays, née dans les années 1950. Queen, les Sex Pistols, les Beatles, Muse… La fête était déjà folle,
elle devient déjantée alors que des chorégraphies endiablées font danser les spectateurs aussi bien que les figurants. L’excitation redescend juste avant l’entrée en scène des 204 délégations, alors que la chanteuse Emeli Sandé entonne le magnifique hymne Abide With Me, dans des couleurs chaudes d’orange et d’or, accompagnée par une splendide chorégraphie d’Akram Khan, en mémoire aux disparus, quels qu’ils soient.

Il serait long et fastidieux de décrire cette cérémonie de quatre heures, rythmée par une multitude de clins d’œil à la culture britannique. Deux scènes sont particulièrement mémorables cependant.

La première met en scène Daniel Craig / James Bond, on ne sait pas très bien lequel des deux est à l’honneur – et lui non plus, apparemment. Dans une séquence vidéo, il débarque à Buckingham Palace tiré à quatre épingles, embarque avec lui la Reine d’Angleterre (la vraie), qu’il fait monter à bord d’un hélicoptère. Après un saut en parachute au-dessus du stade (avec doublures, évidemment !), Elizabeth II d’Angleterre rejoint sa tribune au bras du Duc d’Edimbourg, et s’assoit aux côtés de l’ensemble de sa royale famille (dont Kate et William, évidemment !) et du maire de Londres, l’hirsute  et inénarrable Boris Johnson. Imperturbable tout au long de la cérémonie, il est difficile de savoir si elle garde son flegme légendaire… ou si toute cette agitation l’intéresse vraiment.

L’autre moment fort, qui apparaît comme un fil rouge tout au long de la cérémonie, c’est l’arrivée de la flamme olympique, qui effectue une descente de la Tamise sur un hors-bord piloté par David Beckham avant d’être transmise à Steve Redgrave, champion olympique d’aviron. À ce moment-là, tout le monde retient son souffle : qui sera le dernier porteur de la flamme, celui qui aura l’immense honneur d’allumer le chaudron olympique ? Cela fait des semaines que les parieurs britanniques spéculent sur le nom du chanceux ou de la chanceuse. Et la surprise est de taille : ce n’est ni un champion olympique, ni une star planétaire qui accomplit cet acte symbolique, mais sept jeunes athlètes, symboles de l’espoir placé dans les générations futures. Chacun allume une sorte de pétale placé au bout d’une longue tige, et alors que la flamme se propage de pétale en pétale (204, comme autant de délégation présente dans le stade à ce moment-là), chaque tige se relève pour former un immense chaudron. Magnifique et poétique, le chaudron incandescent illumine le stade alors que se déclenchent des feux d’artifice dignes des plus belles techniques pyrotechniques.

Cette cérémonie d’ouverture est du grand spectacle, une sorte de son et lumière immense qui a pour but premier d’en mettre plein la vue et sollicite chez les spectateurs une totale suspension of disbelief, comme disent nos amis britanniques. Et cela en resterait là si Danny Boyle n’y avait distillé quantité de références inattendues (il est d’ailleurs intéressant de se demander dans quelle mesure les spectateurs non Britanniques auront compris l’ensemble de ces petites private jokes), et n’avait surtout fait preuve d’un immense sens de l’humour et d’auto-dérision, so british. Salué par le public et la critique, Boyle a rempli son contrat, et a montré qu’il est possible de faire du grand spectacle avec intelligence et sens de l’humour.

 

Avant de clore cet article, un commentaire sur les commentateurs de TF1 s’impose : Gilles Bouleau, Harry Roselmack, Amélie Mauresmo et Denis Brogniart ont été affligeants. Ne sachant pas se taire, commettant un nombre d’erreurs factuelles impressionnant, tant en ce qui concerne la culture britannique que les faits sportifs, ils n’ont pas été à la hauteur, tout comme la chaîne elle-même, qui a trouvé le moyen d’insérer un écran de publicité juste avant l’entrée dans le stade des athlètes, coupant ainsi la moitié du défilé des Grecs. Honteux.

 

 

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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