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Le théâtre de Châtelet réouvre ses portes avec un « Parade » populaire et joyeux

Le théâtre de Châtelet réouvre ses portes avec un « Parade » populaire et joyeux

15 septembre 2019 | PAR Victoria Okada

Après plus de deux ans de travaux, le Théâtre du Châtelet a réouvert ses portes le 13 septembre (pour la nouvelle saison lire notre article). Trois jours de festivités jusqu’au dimanche 15 au soir, avec de nombreuses manifestations participatives et gratuites, au coeur desquelles l’on peut voir une création mondiale Parade

Défilé de marionnettes géantes


Les « Marionetas Gigantes de Moçambque » sont les principaux acteurs des fêtes de la réouverture. En effet, dès 17h45, ces marionnettes, accompagnées de dizaines de percussionnistes, ouvrent la fête sur le parvis de l’Hôtel de Ville, avant de défiler à partir de 18h vers le Théâtre du Châtelet. Les 4 marionnettes géantes mesurant 3 mètres et d’autres à la taille d’un adulte, toutes ayant une tête démesurément grande, incarnent discrètement un message d’engagement écologique : un ours polaire, un bonhomme dont l’habit est orné de bouchons de bouteilles en plastique, une sorcière habillée en robe faite de sacs en plastique usés et trainant un fil de cannettes, des femmes à balais, un homme avec une corbeille de fleurs (ou de feuilles ramassées ?)… Ces poupées avancent lentement, en dansant au rythme tonique de tambours ; les badauds de tous horizons — bébés, enfants, jeunes et âgés, homme et femmes, d’origines très différentes — les suivent, dansant eux aussi, grand sourire aux lèvres. Un petit moment de fraternité auquel nous sommes heureux de participer.

Un monde fantasque d’Erik Satie

À 18h30, la fête se poursuit avec des animations autour du monde à la fois étrange, extravagant et extraordinaire d’Erik Satie, dans les foyers et salons du Théâtre. Une douzaine de « cirques » permanents occupent tous les espaces publics du bâtiment. À l’entrée, trois personnages hauts en couleur (diable, fée et ange) accueillent les visiteurs qui se dispersent ensuite au grand salon (Satie devant les pianos empilés dans un bassin aux sirènes), au salon Juliette Greco (dîner en blanc avec Nefertiti, un marin, une mariée, une mondaine de la belle époque… et un lapin borgne), au Salon Nijinsky (une chatte noire donne un spectacle Chat Noir et plus loin, une déambulation de personnages à la tête de cube dans un décor de Cocteau), ou encore sur la terrasse (des clowns aux gestes en miroirs, un petit bus dont les murs intérieurs sont faits de miroirs et éclairés par des ampoules de toutes les couleurs)… L’esprit moqueur et insolite de Satie est bien vivant, à travers ces petites pièces de théâtre de quelques minutes.

Parade, spectacle mêlant acrobatie, cirque, chant, musique contemporaine et théâtre


Parade
et le cirque : ce sont les deux formes de spectacle qui ont fortement marqué le Théâtre du Châtelet. La genèse de cette salle est intimement liée à l’histoire des arts de la piste dans le contexte de la transformation de Paris. À l’origine, il y eut le cirque en bois de Philip Astley en 1780 ; plusieurs cirques — cirque de Franconi, Cirque Olympique, Nouveau Cirque Olympique, Théâtre national du Cirque Olympique et enfin, Théâtre impérial du Cirque — ont précédé la création du Théâtre du Châtelet en 1862. Quant à Parade (ballet créé en mai 1917 par les Ballets russes de Diaghilev avec la chorégraphie de Messine, la musique de Satie, le poème de Cocteau, les costumes et le rideau de scène de Picasso), il a provoqué un scandale. Le spectacle était trop moderne pour l’époque, imprégné de l’esprit dada, proposant des épisodes insolites et surprenants.

Le Théâtre du Châtelet a donc choisi ces deux symboles forts pour sa réouverture. Le spectacle Parade commence dans la continuité du défilé et du monde de Satie : dès l’entrée des spectateurs dans la salle, Satie et Mercure font leurs numéros sur la scène, en guise de prologue, sur la musique intitulée Mercurede Satie. La partition, arrangée par Sir Harrison Birtwistle, est interprétée par l’Ensemble Intercontemporain, sous la direction très précise de son chef Matthias Pintscher. Une licorne ailée en résine, placée au milieu de la scène, certainement en écho avec la licorne représentée sur le rideau du Parade de 1917 peint par Picasso, est soulevée pour annoncer le début du spectacle. Les marionnettes géantes dansent avec quelques percussionnistes, puis, deux garçons jouent en miroir, rappelant les gestes de deux clowns aperçus quelque temps auparavant sur la terrasse. On voit ensuite quatre musiciens placés en hauteur qui accompagnent trois numéros successifs d’acrobaties sous le titre de « Boîte noire » (direction artistique : Stéphane Ricordel). On y découvre, ravi, ces musiciens du groupe ukrainien DakhaBrakha, qui en même temps chantent et jouent de leur instrument (accordéon et bandonéon, clavier, percussions, violoncelle), parfaitement en harmonie avec l’évolution des performeurs. Non seulement ils jouent, mais ils imitent de manière étonnante les bruits et cris d’animaux de jungle qu’ils transforment progressivement en éléments musicaux. Les personnages du monde de Satie font ensuite irruption dans la salle et disputent entre eux, parfois en dérangeant les spectateurs. Pendant ce temps le plateau change pour trois numéros de « Streb extrême action » (direction artistique : Elizabeth Streb), dans lequel les acrobates défient leur capacité physique. Le premier, « Pipe Dreams » est présenté en première mondiale (commande du Théâtre du Châtelet) : trois acrobates sont perchés sur une barre, puis se tournent de mille façons, axés sur cette barre par des chaussures qui y semblent aimantées. Pendant ces trois numéros, l’Ensemble Intercontemporain joue, également en création mondiale, L’Algèbre est dans les arbres pour ensemble avec électronique de Pierre-Yves Macé, commandé par le Châtelet. Cette musique, remplie d’effets électroniques et instrumentaux curieux et attirants, pose indéniablement son poids dans ce spectacle qui, sans elle, pourrait être perçu comme une simple suite de gestes et d’actions, même s’ils dégagent une grande force qui fascine.


Ce samedi 14 septembre, les festivités ont été renforcée par le concert participatif de Vexations, composée d’un motif qui doit être répété 840 fois de suite. Une œuvre d’idée délibérément insolite qui annonce la musique minimaliste. Les pianistes amateurs et professionnels de tous niveaux l’ont jouée de 9h à 12h puis de 14h à 17h, sur la place du Châtelet.

Dernières représentations  Le dimanche 15 septembre : Spectacle de marionnettes à 11h et 16h ; Défilé dans les rues depuis l’Hôtel de Ville jusqu’au Théâtre du Châtelet à 13h et 18h ; Le monde de Satie dans les foyers du théâtre à 13h30 et 18h30 ; Parade, spectacle payant à 15h et 20h, précédé de son prologue à 14h40 et 19h40. Informations et réservations : chatelet.com

visuels © Thomas Amoureux ; © Victoria Okada

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