Essais

« Fabuler la fin du monde » de Jean-Paul Engélibert : Apocalypse Now

« Fabuler la fin du monde » de Jean-Paul Engélibert : Apocalypse Now

15 septembre 2019 | PAR Julien Coquet

En analysant les fictions d’apocalypse, le professeur de littérature Jean-Paul Engélibert évoque le pouvoir de la fiction sur notre prise de conscience de la catastrophe climatique.

Les fictions d’apocalypse traversent tous les arts : de la littérature au cinéma en passant par les séries, elles font le portrait d’un monde de l’après, un monde qui aurait survécu, bien mal en point, à un événement catastrophique. Jean-Paul Engélibert, professeur de littérature comparée à l’Université Bordeaux-Montaigne, parie sur le pouvoir critique de ces romans dans Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d’apocalypse.

Les prémisses de la fiction d’apocalypse sont anciennes: Le Dernier homme, de Jean-Baptiste Cousin de Grainville, publié en 1805, est le premier jalon analysé par l’auteur. Ces fictions se multiplient ensuite, investissant principalement le genre de la science-fiction, mais aussi de l’horreur. Toutes ont pour but de nous faire voir le pire, de nous faire comprendre que la catastrophe n’est pas loin. A travers le dérèglement climatique et l’avènement d’un capitalisme outrancier, le cours de l’histoire est profondément changé : l’espèce humaine et maintenant mortelle.

Ce qui est pourtant beau, dans cette critique littéraire, c’est de montrer que toutes ces réflexions fictionnelles ne sont pas pessimistes, même si elles restent des œuvres de fiction et non des essais sur la marche à suivre pour nous sauver. En analysant la littérature (La Route de Cormac McCarthy, Malevil de Robert Merle), le cinéma (Melancholia de Lars von Trier, 4:44 d’Abel Ferrara) et les séries (The Leftovers), Jean-Paul Engélibert montre qu’il a toujours un sursaut, une profonde réflexion sur l’au-delà qui peuvent conjurer le pire. C’est par exemple la cabane finale de Melancholia qui, si elle ne fait pas office de bouclier face à la planète qui s’apprête à percuter la terre, offre tout de même un refuge bienveillant. Profondément politiques, ces fictions d’apocalypse sont analysées dans les détails par Jean-Paul Engélibert qui propose une nouvelle façon d’appréhender la fin du monde.

« La littérature ne propose pas de thèses, elle ne donne pas de leçons, ni ne propose à proprement parler de savoirs. Mais elle procure une expérience de l’altérité qui nous est nécessaire pour revenir à notre vie mieux armés pour affronter le monde. L’apocalypse, en particulier, nous aide à déconstruire notre présent et à imaginer d’autres mondes possibles. La table rase est le seuil de l’utopie.« 

Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d’apocalypse, Jean-Paul Engélibert, La Découverte, L’horizon des possibles, 240 pages, 20 €

visuel : affiche du livre

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Julien Coquet

One thought on “« Fabuler la fin du monde » de Jean-Paul Engélibert : Apocalypse Now”

Commentaire(s)

  • Harley

    À ce qui devrait être une autre époque avait même déjà été suggéré que penser la fin du monde pouvait aussi servir à construire une « éthique du futur ». Mais peut-être que la perspective était alors trop osée…
    Cf. Y. Rumpala, Hors des décombres du monde. Écologie, science-fiction et éthique du futur
    éditions Champ Vallon, collection « L’environnement a une histoire », 2018.

    septembre 22, 2019 at 14 h 47 min

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