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« The Lighthouse » : Robert Eggers en ouverture du FEFFS 2019 [critique]

« The Lighthouse » : Robert Eggers en ouverture du FEFFS 2019 [critique]

15 septembre 2019 | PAR Simon Théodore

Vendredi 13 septembre, démarrait la douzième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Pour l’ouverture, Robert Eggers était mis à l’honneur avec The Lighthouse, une nouvelle réalisation aussi expérimentale que sombre et fantastique.

La caméra accompagne deux gardiens de phare sur une île reculée de la Nouvelle-Angleterre. Sur ce grand rocher, cette tour, aussi inquiétante que mal entretenue, sera leur lieu de cohabitation durant plusieurs semaines. Progressivement, la solitude, la météo pourrie et l’alcool auront raison de la santé psychologique de ces deux personnages sombres et mystérieux.

Présenté lors du dernier Festival de Cannes, The Lighthouse se distingue d’abord par son format expérimental et original pour l’époque. Tourné en noir et blanc, au format carré, et grâce à certains plans, ce long métrage s’inspire de certaines productions allemandes des années 1920 comme Nosferatu. Ces dernières années, le réalisateur américain avait d’ailleurs pour projet de faire un remake de cette adaptation de la légende de Dracula. Par son esthétique, le public est alors au plus proche de l’action et témoin de l’évolution physique et psychologique des deux protagonistes coupés du monde terrestre. Si le format surprend durant les premières secondes, l’immersion se fait, en réalité, rapidement et naturellement.

Très loin du fameux vampire, idole des ados dans la saga Twilight, Robert Pattinson rappelle ses qualités de comédien lorsqu’il s’agit d’interpréter un Efraim Winslow beaucoup plus instable et fragile. À ses côtés, Willem Dafoe, de trente ans son aîné et dont le talent n’est plus à prouver, complète très bien le duo. Son personnage, un certain Thomas Wake autoritaire et graveleux, usé par l’alcoolisme et les années en mer, permet à certaines scènes d’être dotée d’une belle intensité. Sans aucun doute, deux de ses monologues auraient la même efficacité sur les planches d’un théâtre. Si seulement le Capitaine Barbossa avait pu bénéficier de la même éloquence…

Quatre ans après The Witch, Robert Eggers propose donc un film qui fonctionne grâce au choix des comédiens et sa réalisation mais également par le nombre de références mythiques, mythologiques et littéraires appropriées. Du feu de Prométhée à la figure de la sirène, elles permettent d’évoquer les superstitions, les frustrations et les luttes de pouvoir latentes au sein de cette tour lumineuse et prison de pierre. Malgré certaines intrigues dispensables (notamment au sujet du passé d’Efraim Winslow) apportant parfois un sentiment de longueur pour un final attendu, les codes du genre fantastique sont respectés à la lettre et l’atmosphère devient, par moment, lourde et oppressante. Perte de temporalité et crise de paranoïa sont alors rythmée par les bruits assourdissants de ce phare maudit.

Finalement, ce film d’ouverture annonce de bons augures pour cette douzième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Au-delà de ce choix judicieux, The Lighthouse permettra de découvrir Robert Pattinson dans un autre registre…

The Lighthouse de Robert Eggers, avec Willem Dafoe et Robert Pattinson. Genre fantastique. Durée : 1h50. Sortie prévue en décembre 2019.

visuel : affiche du film

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