Jeune Public
« Piccolo Tempo », une jolie fable sur le temps qui passe, pour les plus jeunes

« Piccolo Tempo », une jolie fable sur le temps qui passe, pour les plus jeunes

26 septembre 2020 | PAR Mathieu Dochtermann

A l’occasion du festival J-365 de Charleville la compagnie Zapoï a pu présenter au public carolo-macérien son spectacle Piccolo Tempo. Sur de jolies musiques et des chansons simples et entraînantes, la scénographie se révèle et s’enrichit petit à petit pour accueillir le passage des saisons. Prendre le temps de regarder le temps passer, tel semble être le message de cette proposition de marionettes à la ligne graphique simple et naïve, à la tonalité contemplative jusqu’à se teinter de mélancolie. Une très belle réussite, qui a charmé les enfants comme les adultes dans la salle.

Un spectacle qui part de la figure du cercle, des cercles: peints en couleurs primaires, ils sortent des poches des deux interprètes, passent de main en main, leurs évolutions donnent lieu à un bruitage à la bouche. Le tout se déroule sur fond d’une scénographie qui pourrait faire penser à un cockpit de vaisseau spatial, gris et assez froid. On se dit qu’on s’embarque pour une aventure très abstraite…

Et puis finalement non. Au contraire, au fur et à mesure du passage du spectacle, le propos s’incarne de plus en plus clairement, et l’esthétique, pour être moderne, n’est pas si abstraite après tout. Apparaissent le soleil, la lune et d’autres corps célestes, les nuages et la pluie, la nature et les plantes. Les marionnettes à proprement parler arrivent en leur temps, d’abord un petit oiseau, ensuite un lapin à la facture définitivement réussie (on doit les marionnettes à la très talentueuse Polina Borisova), et finalement Piccolo, un enfant que l’on retrouvera à plusieurs échelles, et que le spectacle a la bonne idée de ne pas placer dans une position surplombante et première, au centre de l’univers, mais comme une composante finalement tardive de ce dernier, à égalité avec le reste de ce(ux) qui le peuple.

Sans paroles – quasi – mis à part celles des chansons entonnées d’une fort jolie voix par les deux manipulatrices en scène, le public comprend graduellement qu’on assiste au passage des saisons, la venue de l’hiver et le retour du printemps, et qu’il s’agit pour les protagonistes, si l’on considère qu’il y en a en réalité, à regarder ce temps passer, à profiter de ce qu’offre chaque moment du présent, à s’ouvrir à l’univers. C’est poétique, d’une manière charmante, modeste, douce, et en somme tous les spectateurs passent un bon moment.

Ceci d’autant plus que le spectacle fourmille d’inventivité. On a déjà mentionné sa facture plastique, l’univers graphique signé Madali Dulain tout en couleurs primaires et en lignes rondes et simples. La scénographie regorge de petites trouvailles cachées, qui se révèlent chacune à leur tour: des plantes peuvent pousser le long des murs, des ciels étoilés ou des flocons de neige se dissimulent dans des panneaux, le lapin a son terrier derrière un hublot… Ce qui était nu et triste au début du spectacle est en fait prégnant de possibilités de jeu, charme l’oeil, se transorme et se réinvente dans un foisonnement toujours renouvelé.

C’est une très sympathique proposition pour les petits que fait là la compagnie Zapoï, en même temps qu’il s’agit d’un travail très propre et très précis, qui rappelle tout le savoir-faire de Stanka Pavlova, qui signe l’écriture et la mise en scène de ce spectacle.

Une très belle occasion de faire découvrir les arts de la scène aux jeunes spectateurs!

De nombreuses dates en tournée sont prévues (pour l’instant): Saint Martin Boulogne (62), Saint Amand les Eaux (59) ou encore Saint Omer (62) en décembre, mais aussi la Communauté de Communes Territoires Nord Picardie (80), Arras (62), Mons (Be), Petite forêt (59), Cambrai (59)…

 

Ecriture et mise en scène Stanka PAVLOVA
Scénographie : Denis BONNETIER
Univers graphique : Madali DULAIN
Musique et chansons : USMAR
Interprètes : Cécile MAZÉAS et Stanka PAVLOVA
Construction des figures, des objets et des marionnettes : Polina BORISOVA
Création lumière et régie : Florent MACHEFER
Réalisation des costumes et tapis d’éveil : Emmanuelle GEOFFROY
Construction dispositif scénique : Ateliers ARTOM
Diffusion : Laurence DEROOST

Photo: (c) cie Zapoï

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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