Performance
Sorour Darabi questionne le genre au festival Échelle Humaine

Sorour Darabi questionne le genre au festival Échelle Humaine

25 septembre 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Cette semaine, c’est le retour d’Échelle Humaine, le festival de Lafayette Anticipations, qui présente pour cette troisième édition, Farci.e la création de Sorour Darabi, chorégraphe iranien.ne qui questionne la notion de genre au travers de la langue et du corps.

Sorour Darabi est né.e à Chiraz en Iran. Danseur.se, chorégraphe et même musicien.ne, il.elle était très actif sur la scène artistique iranienne underground avant d’arriver en France. S’affirmant comme non-genré, l’artiste dérange dans son pays natal. Il.elle vient donc pratiquer ses passions à Montpellier où il étudie au CCN (Centre national chorégraphique), et à Paris. Il.elle se fait rapidement remarquer grâce à des performances subversives. Sa vie artistique alternative lui a appris à comprendre la force de la signification des gestes et des mots car en Iran, la danse n’a pas vraiment sa place, tout autant qu’un artiste sur scène est plus un objet qu’un corps. 

À son arrivée en France, il.elle apprend le français en autodidacte. Une chose le.la perturbe : dans à sa langue maternelle, le farsi, le genre n’existe pas, aucune chose n’est défini par son appartenance au féminin ou au masculin. Voilà qu’il.elle doit se définir constamment en tant qu’homme ou femme. Cette forme d’affirmation personnelle clivante ne lui convient pas. Comment construire sa propre personnalité lorsque l’on parle une langue qui nous impose de nous définir ? Comment évoluer librement quand on se sent obligé d’être dans une case ? Où trouver sa singularité ?

C’est à partir de ces questions que Sorour Darabi créé Farci.e, un spectacle troublant dont on ne ressort pas indemne. Après une entrée timide et étrange, l’artiste se place derrière un bureau. Tout laisse à penser qu’il.elle va lire un discours, à la manière d’une conférence de presse. Mais face à nous, rien ne se passe comme prévu. Avalant le papier et jouant avec de l’eau dans des gestes presque enfantins non maitrisés, il.elle dénonce avec force une langue qu’il.elle ne peut pas utiliser comme sienne. On est dégoûtés par l’acte de cette performance corrosive qui diffuse une gêne palpable dans l’assemblée. Un spectacle cru et presque frustrant, dont on se souviendra. 

 

Visuel : © Merhdad Motejalli / Lafayette Anticipations

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Alice Martinot-Lagarde

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