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Istiqlal de Tamara Al Saadi au TQI : une vision poétique de l’héritage

Istiqlal de Tamara Al Saadi au TQI : une vision poétique de l’héritage

15 novembre 2021 | PAR Blaise Campion

La nouvelle création de Tamara Al Saadi, Istiqlal (« indépendance » en arabe), se joue jusqu’au 21 novembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry. La pièce raconte la quête de Leïla, une jeune femme d’origine irakienne, à la recherche de ses racines et de l’histoire de sa famille. Une histoire poétique, aussi drôle qu’émouvante.

Une histoire d’amour

Leïla mène une vie de jeune fille ordinaire, elle partage des moments complices avec sa mère, magnifiquement interprétée par Lula Hugot, qui a fui l’Irak pour arriver en France dans sa jeunesse. De l’Irak, Leïla ne sait que peu de choses. Sa mère ne lui a pas appris l’arabe, et parvient à esquiver adroitement les questions sur le sujet. Tout bascule lorsqu’à un concert, Leïla tombe amoureuse de Julien, un jeune homme qui apprend l’arabe et qui souhaite devenir reporter de guerre. Leur histoire d’amour est belle, poétique, mais se complique rapidement alors que Julien multiplie les déplacements à l’étranger. Il revient marqué par les conflits sanglants du monde arabe, remporte des prix pour son travail de reporter, mais semble vaciller dans ses convictions sur le métier. Changer les choses, vraiment ? Ses photos ne servent-elles pas qu’à alimenter une spectacularisation et une marchandisation de la misère du monde ? Leïla prend ses distances, surtout lorsqu’elle doit faire face aux amis de Julien, des fils à papa en quête de frissons qui visitent le monde et ses dangers pour s’offrir un peu d’adrénaline.

Un enchevêtrement de vies et de récits

La force de la pièce réside dans l’imbrication des histoires, que Tamara Al Saadi matérialise en plaçant sur scène les fantômes des générations passées. Des femmes pour l’essentiel, les ancêtres irakiennes de Leïla, interviennent sur scène sans être entendues par nos protagonistes. C’est aussi l’histoire de ces femmes que l’on raconte, victimes successives de la domination coloniale et patriarcale. Une forme de sororité se dégage de tous ces personnages et de leurs récits. La question de l’héritage est centrale, avec l’idée que Leïla porte en elle toutes ces vies passées. Le décor scindé entre le mobilier d’un appartement aux coins, et du sable qui évoque le désert irakien au centre, permet à la pièce de multiplier les scènes dans différents espaces et différentes époques. De longs voiles blancs qui tombent sur la scène viennent aussi donner forme poétiquement, au fur et à mesure du récit, à différentes choses : le drap d’un lit, le voile d’une mariée… La pièce est drôle, parfois violente, mais toujours profonde. Elle donne à réfléchir sur la transmission, le poids du passé et la relation complexe, toujours source de fantasmes, entre Orient et Occident.

 

Informations pratiques :

Istiqlal de Tamara Al Saadi, au Théâtre des Quartiers d’Ivry jusqu’au 21 novembre, puis en tournée jusqu’en mai 2022. Plus d’informations ici.

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage

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Blaise Campion

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