Théâtre

Place de Tamara Al Saadi : une histoire de l’exil au Festival d’Avignon

Place de Tamara Al Saadi : une histoire de l’exil au Festival d’Avignon

25 juillet 2019 | PAR Marine Stisi

Spectacle lauréat du Prix du Jury et du Prix des Lycéens du Festival Impatience 2018, triomphe dans le IN d’Avignon la semaine passée, Place, une pièce écrite et mise en scène par Tamara Al Saadi, raconte, avec humour et justesse, une histoire de l’exil. 

Il n’existe pas une grande histoire de l’exil, de la même manière qu’il n’existe pas non plus qu’un seul chemin ou qu’un seul visage de l’immigration. Tamara Al Saadi, jeune metteuse en scène, en a bien conscience et pour cause : dans Place, l’histoire d’une jeune femme née en Iraq mais arrivée en France très jeune, elle raconte aussi un peu sa propre histoire, l’intime, celle avec un petit h. Une petite histoire parmi tant d’autres mais qui dit beaucoup de la grande, celle trop souvent déformée, celle dont on ne se rend pas vraiment compte.

Yasmine est adolescente. Alors que tous les jeunes de son âge sont occupés par diverses histoires de cœur, sortent avec leurs amis, expérimentent la vie d’adulte, Yasmine, elle, rencontre des difficultés avec son identité, son moi intérieur qui lui rappelle sans cesse qu’elle n’est pas née ici et n’a guère le droit de sortir. Chez elle, une mère au bord de la crise de nerfs perpétuelle, un père terré dans un silence assourdissant depuis qu’il y a des années, alors que Yasmine était encore dans le ventre de sa mère, il fut cueilli chez lui, en Iraq, et passa trois ans en prison. 

Yasmine n’a pas de souvenir de la souffrance, mais ce manque fait-il d’elle une ignorante, face à un grand frère et une grande sœur qui eux, se souviennent ? Comment se justifier de n’avoir pas été née à ce moment là, capital, de la vie de sa famille ?

Place est une pièce qui marque. Une pièce épatante et savamment montée. L’habillage sonore est délicat, la scénographie, simple mais suffisante, quelques chaises, du sable. La présence des acteurs, elle, est indéniable. Ils sont superbes, drôles et touchants à la fois, la sensibilité de l’écriture est palpable et la justesse, évidente. Sans pathos, jamais, Tamara Al Saadi réussit le pari d’évoquer le racisme ordinaire et la quête d’identité, le tiraillement entre deux cultures, la confrontation à l’autre, avec brio. 

A retrouver à Paris
du 17 au 19 octobre 2019 au T2G
et du 23 au 28 novembre 2019 au CENTQUATRE-PARIS

Place © Christophe Raynaud de Lage

Avignon OFF 2019 : « Swann s’inclina poliment » et nous emmena dans son monde
Rodin, Giacometti: Le choc des titans à la Fondation Gianadda
Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *