Humour

The Sefwoman alias Virginie Guedj nous revient « Libre » sur scène

The Sefwoman alias Virginie Guedj nous revient « Libre » sur scène

20 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Nous avions découvert l’humour incisif de Virginie Guedj dans les billets qu’elle a publiés dans le magazine Jewpop jusqu’en 2016 sous le pseudonyme de « The Sefwoman ». Journaliste partie vivre en Israël en 2014, la pétillante maman s’est lancée dans le stand-up. Et elle revient présenter son one woman show Libre les 4, 5 et 6 juin au Théâtre du gymnase. Rencontre à Tel-Aviv.

Votre spectacle parle de vous, mais c’est aussi un décodage culturel ?

En tant qu’ancienne journaliste, je m’intéresse à tout. Je me nourris beaucoup des chiffres de l’actualité. Mais dans le stand-up, il faut partir de soi. Quand une info m’interpelle, je me dis « Comment est-ce possible ? ». C’est ainsi que je trouve mon style et mes sujets de prédilection. Par exemple, j’ai été éduquée dans la religion. Je viens d’une famille traditionaliste et j’aime bien me moquer de ça. Pas de Dieu, ni des croyants d’ailleurs, mais d’abord de moi-même. Je le dis dans le spectacle, en tant que croyante, mon premier moyen de contraception, c’était la prière. Je pense qu’on a tous ce réflexe, quand on est dans la merde de dire « aide-moi », quelle que soit la religion. Je n’ai jamais eu l’impression de gêner ou de heurter les gens dans leur foi.

Vous avez joué votre spectacle à la fois en France et en Israël, vous avez remarqué des différences ?

En Israël, le public est très dur, si je fais rire des francophones, j’ai tout gagné. Ce public n’aime pas qu’on parle de sexe, de religion, de politique, ils ont plein d’inhibitions. Pour dire que je suis de gauche sans attaquer les gens de droite, je dis que je suis une espèce en voie de disparition dans ce pays. Cela ne sert à rien d’attaquer frontalement les gens. Pour la version française de juin, je vais sûrement parler de Dieu et de la religion, car beaucoup de stand-uppers le font sur l’islam ou sur d’autres croyances, donc je n’ai pas envie de m’interdire de parler du judaïsme et de ce que c’est d’être juif. Mais je veux m’adresser à tout le monde pendant une heure et non exclusivement à un public juif.

Est ce qu’il y a une urgence, un besoin de rire, compte tenu du climat qui règne ici en Israël ?

Les Israéliens ont beaucoup d’humour par rapport à ça. Je me souviens de l’époque des attaques au couteau, c’était bien gore, il y avait un mec qui avait lancé « c’est bon j’ai déjà été attaqué » en montrant son T-shirt avec du sang. Ici, la vie reprend très vite son cours. Après un attentat dans un restaurant qui fait 2/3 morts par exemple, qui est un bilan très lourd, le lieu rouvre 2 jours après et fonctionne normalement. C’est un instinct de survie.

Vous allez aussi jouer votre spectacle en hébreu ?

Absolument, les israéliens ont une image des français détestable. Ils nous voient comme des gens qui parlent très fort, qui ont beaucoup d’argent, alors qu’ils parlent souvent dix fois plus fort que nous. J’ai eu envie de leur dire des choses, que les Juifs français ont quelque chose à apporter à ce pays, et évidement l’objectif est de monter le spectacle en hébreu, même avec des petites durées au début, et des mots basiques. Et puis, je pense que j’ai une place à prendre. Il y a beaucoup de mecs et très peu de femmes de mon âge, la quarantaine, qui montent sur scène. En France, les filles qui font du stand-up sont souvent trentenaires et parlent du célibat… Blanche Gardin par exemple. J’adore ce qu’elle fait, c’est super, mais des filles un peu comme moi, dans ma tranche d’âge, avec des enfants, il n’y en a pas beaucoup.

Comment l’humour est arrivé dans votre vie pour dire les choses ?

Pour les papiers de Biba, il fallait écrire des choses drôles, sexy et sans complexes. L’humour a toujours fait partie de ma vie. Je me souviens des trajets en voiture que je faisais pour aller voir mes grands-parents, nous écoutions Rire et chansons et j’ai donc grandi avec des sketchs de Sylvie Joly, Jacqueline Maillan ou Guy Bedos dans les oreilles. Et je les connaissais par cœur. Raymond Devos, ça me faisait rire alors que c’est vraiment des trucs de vieux. Je vous parle de cela avant l’arrivée de Coluche, Thierry Le Luron… Tout ça me faisait rire.

Je crois que j’ai oscillé entre cet humour et l’envie de prendre tout au tragique tout le temps : alors que je voulais devenir journaliste, j’étais tout de suite attirée par les faits divers, l’affaire Grégory ou des choses très lourdes. Mais à côté de cela, la mécanique de la vanne, de l’humour, de l’imitation est toujours restée dans un coin de ma tête. Je pratiquais l’humour pendant les dîners. Puis avec Sefwoman, j’ai écrit un papier sur un coup de tête qui a très bien marché, qui s’appelait Les cinq raisons pour laquelle la Séfarade veut épouser un Ashkénaze, ce qui correspondait à ma vie. Toutes mes copines ont rêvé d’épouser un Ashkénaze, absolument pas de finir avec un mec qui pourrait ressembler à notre cousin, notre frère ou — encore pire ! — notre père.

Du coup, comment ça marche pour écrire du stand-up ? Est-ce que c’est une suite de sketchs, de l’improvisation ou un long travail d’écriture ?

Au début, j’écrivais des textes qui ressemblaient beaucoup à mes chroniques de Sefwoman, c’était très écrit. Ça faisait sourire, c’était drôle, il y avait des jeux de mots de temps en temps…Puis j’ai rencontré Fary l’année dernière au Tel Aviv Comedy Club. Quand je suis descendue de scène, il m’a dit : « C’est très drôle ce que tu fais » et il m’a donné des conseils. Je me suis rendu compte qu’en fait je tournais autour de la vanne… Et je voyais Fary sur scène et je me demandais « Comment il arrive à faire cela? »

Je suis une fille très scolaire. Donc je me suis dit qu’il fallait que je regarde le meilleur. Et je me suis rendu compte que la vanne, la punchline, qui est un peu l’orgasme de l’humour, était mécanique. Comme quand tu regardes Nadia Comaneci : il y a un début, un milieu, une fin, et si tu veux que le milieu soit bien, tu accélères le début. Puis la réception, c’est la punchline, elle doit être parfaite. Et donc, j’ai étudié ça comme un sport. Et j’ai compris comment cela fonctionnait. A partir de là, tu te dis « Ça y est, j’ai trouvé la poule aux œufs d’or » mais non, tu as seulement compris la technique. Après, il faut travailler, peaufiner, l’idée c’est qu’il faut à chaque fois étonner, aller plus loin, faire un pas de côté. C’est très compliqué, je suis une besogneuse, je travaille énormément sur l’écriture mais je me dis qu’il n’y aura que ça qui payera car quand tu regardes les gens qui marchent vraiment, Fary, Haroun, Blanche Gardin ou Marina Rollman, c’est vraiment l’écriture qui fait la différence.

Le « seule en scène » doit demander un travail physique important. Comment vous préparez-vous ?

J’ai fait des cours de théâtre, je fais de la méditation, des exercices de respiration… Et c’est difficile pour moi. En Israël, j’ai pris conscience que j’avais un corps. Physiquement, il fait chaud, et l’on sent vraiment son corps, plus qu’en France. Tout le travail que j’ai encore à faire aujourd’hui, il porter sur cela : comment se tenir en scène.

Sur scène, vous préférez un costume tout en noir pour se fondre, ou une tenue débordante de couleurs ?

Il y a deux écoles. Celle « no style », tout en noir. C’est lorsque ton costume de scène ne parasite aucune information extérieure. Soit tu as un vrai style et il y a des filles qui en ont, par exemple Blanche Gardin, soit tu t’habilles très simplement car il ne faut pas parasiter le discours. Un mec comme Thomas Ngijol est tout en noir, Fabrice Eboué pareil.

Comment marche la scène du stand up en Israël, est-ce la même en hébreu, en anglais et en français ?
Il y a une scène très importante en hébreu dans toutes les villes, où tous les soirs il y a des scènes ouvertes. Une fois par an, il y a le Tel Aviv Comedy Club qui a commencé en français et cette année, il fait des spectacles aussi en anglais et en hébreu. Avant, nous avions une petite scène qui n’existe plus qui s’appelait le « Zvulun » dans Florentine, et il y avait des scènes en hébreu, français et anglais tous les soirs. Il y a aussi une scène anglophone très importante, parce que beaucoup d’Israéliens font du stand-up en anglais. Mais pour moi, en anglais, c’est trop rapide, le public anglophone est très compliqué.

Et c’est un milieu où vous vous soutenez les uns les autres ?

Oui ! Mais en même temps, c’est un milieu assez dur. On se regarde tous un peu de travers en se disant « Ah mais elle est bien sa vanne, où est ce qu’elle a trouvé ça ? ». Nous sommes seulement 6 ou 7 à monter sur scène en français et l’on retrouve toujours les mêmes quand on monte une scène ouverte. Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir l’avis de gens qui sont à Paris. Récemment sur Instagram, Marina Rollman a fait une interview vidéo sérieuse sur le porno et je lui ai écrit en lui disant que j’avais écrit aussi un texte sur le porno mais que ça ne passait pas. Je lui ai envoyé et elle m’a fait un retour. Ce qui m’intéresse, ce sont les gens de Paris car en France on peut tout dire, on peut tout faire. Mais en Israël, les gens sont un peu plus frileux.

Est-ce que le stand-up devient vite une drogue ?
Oui, le stand-up, c’est un compagnon. Cela me procure des hormones de bonheur comme si j’avais fait 45 minutes de footing. Et plus tu en fais, plus tu progresses. Donc tu as toujours envie de remonter sur scène.

 

Visuel : affiche du spectacle 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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