Humour
[Interview] Portrait chinois d’un humoriste belge : Alex Vizorek

[Interview] Portrait chinois d’un humoriste belge : Alex Vizorek

06 février 2014 | PAR Sonia Hamdi

alex 3On ne peut forcer la vie. Sa puissance est comparable à celle du courant d’un fleuve. Mais on peut creuser des sillons à la force de nos rêves et de nos ambitions. C’est de cette manière que l’énergie nous devient favorable. C’est un peu comme cela, qu’on peut résumer le parcours d’Alex Vizorek.

Avant d’écrire son spectacle, il a d’abord fait une prestigieuse école de commerce à Bruxelles, une formation en journalisme puis les cours Florent. Plus rien ne le retenait alors de tenter de devenir humoriste. « Aucune forteresse n’est impénétrable », m’explique-t-il. Dans le quartier de Saint Germain, le soleil baigne la terrasse du Bar de la Croix Rouge, où je le rencontre en ce début de mois de Février. « Je n’étais pas destiné à faire ça. On dit que le talent c’est nonante pour cent de travail. Et je pense que les dix autres pour cent c’est du rêve ».

Son spectacle s’intitule Alex Vizorek est une œuvre d’Art, (dont vous pouvez trouver la critique ici) et se joue tous les dimanches, au théâtre du Petit Hébertot, à 20h. C’est grâce à un petit  »portrait chinois », déclinant la polysémie du mot «oeuvre», que cet humoriste belge, parisien dans l’âme, nous livre les secrets de sa personnalité artistique.

Alex, en art, si vous étiez une période, laquelle seriez-vous ?

Alex : En peinture, j’ai beaucoup d’admiration pour l’absurde. Magritte, Manzoni, Warhol: je pense qu’ils sont de réels précurseurs dans leurs mouvements. Chez Magritte, il y a une vraie poésie. J’apprécie la beauté des œuvres classiques de Botticelli à Michel-Ange. Mais ce qui sort des sentiers battus me correspond plus. J’aime ce qui sort des cases..

Dans votre spectacle, vous parlez  de Chopin. Si vous étiez une musique, seriez vous de la musique classique?

Alex : Non, je serais plutôt une chanson de Barbara. Une que j’aime profondément: Ma plus belle histoire d’amour, parce que quand on est artiste, c’est une chanson qui parle toujours. On sacrifie tant de choses au quotidien mais on le sacrifie avec la seule force que peut nous prodiguer la sincérité d’une histoire d’amour. Il y en a une autre que j’apprécie également, qui s’appelle Toi, car c’est l’une des plus belles chansons qu’une femme a écrite à un homme. Elle lui dit qu’il a plein de défauts, mais comme c’est lui, elle l’aime. «Toi, je t’aime» lui dit-elle, un peu comme moi, avec mon métier.

http://www.youtube.com/watch?v=xqG2_gPE4zI

Si vous étiez un tableau, seriez-vous un monochrome blanc (dont il parle dans son spectacle, ndlr)?

Alex : (Rires) Non. Mais ça me rappelle une anecdote: durant un voyage à Madrid, au musée d’Art Moderne, dans l’audio guide, le neveu du peintre Miró présentait une oeuvre de l’artiste: un tableau blanc avec trois points noirs. On l’entendait expliquer «vous voyez ce tableau avec ces trois points noirs? On dirait qu’ils sont placés au hasard mais.. pas du tout».. et en fait je pense qu’ils étaient quand même placés au hasard! (rires). L’important c’est que tous pensaient qu’ils n’étaient pas là fortuitement. Et ce questionnement, finalement, fait la beauté du tout: sommes nous là par hasard?

Si vous étiez un film, seriez-vous « Mort à Venise ? »

Alex : (Rires) Non, sans doute pas! Etant humoriste, j’aime beaucoup les comédies. Pour moi, Les enfants du Paradis est un film au -dessus de tout, c’est magnifique, ce sont des dialogues extraordinaires. To be or not to be de Loubitsch, un film en noir et blanc parle d’une troupe de théâtre qui joue Hamlet dans l’Allemagne nazie. Sujet difficile rejoignant un thème de La vie est belle de Benigni. Quand Guido explique à son fils, Giosue, ce qu’il se passe dans les camps sous forme de jeu.. des plus grands drames on peut tirer une forme de poésie. C’est ce qui est beau dans la comédie, de l’absurde au profond. Et c’est ce qui me définit bien, cette recherche de la poésie, dans l’absurde ou le dramatique.

Si vous étiez un livre, en particulier, lequel seriez-vous ?

Alex : Malgré le fait que je n’ai pas énormément le temps de lire, récemment je suis tombé sur Je me souviens de Perec. Un livre composé seulement de phrases commençant par « Je me souviens.. ». Peut être, une pépite de souvenirs. De nouveau j’ai trouvé l’acte amusant, surprenant. Et donc j’ai apprécié. Mais si j’étais un livre, parmi tous, je serais une comédie de Corneille, cela me va bien. Le Menteur, par exemple, est hyper drôle, à lire je trouve ça bon.

Si vous étiez  un artiste, qui seriez-vous ?

Alex : Je serais ennuyé que ma copine tombe amoureuse de Vincent Delerm ! (rires). Mais je pourrais comprendre qu’il a quelque chose! Il a une culture assez impressionnante et sait parler de tout. J’aime son côté «dandy parisien», je ne pense pas que ce soit un grand voyageur, moi non plus. Mon spectacle est peut être une version humoristique d’une chanson de Vincent Delerm.. Je ne serais en tout cas pas mécontent qu’on me le dise (sourire)

Pour terminer, si vous deviez être une œuvre d’art, parmi toutes, laquelle seriez-vous ?

Alex : Quelque chose entre «les bronzés font du ski» et «la Joconde»… Parce que l’art, c’est vaste !

Visuels : (c) Alex Vizorek

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Sonia Hamdi

One thought on “[Interview] Portrait chinois d’un humoriste belge : Alex Vizorek”

Commentaire(s)

  • gitakos

    j’ai vu le spectacle d’alex Vizorek et j’ai adoré, passionnée d’art vaste domaine qui évolue tous les jours et dont une vie ne suffit pas à explorer tout le contenu notre ami arrive quand même à parler de l’antiquité au monochrome et passant par les cymbales et et et je ne veux pas tout raconter ! chapeau l’artiste

    février 7, 2014 at 12 h 02 min

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