Classique

Une Carmen pour tous, haute en couleurs et en humour

Une Carmen pour tous, haute en couleurs et en humour

16 juillet 2019 | PAR Gilles Charlassier

En clôture de sa saison, et dans le cadre de la première édition de son festival Nuits d’été, l’Orchestre national de Lille donne au Nouveau Siècle des allures de scène d’opéra et met à l’affiche une Carmen habillée par les animations vidéo de Grégoire Pont, avec un plateau de chanteurs français, sous la baguette d’Alexandre Bloch, et agrémenté par la narration et les commentaires d’Alex Vizorek.

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Alors que les amateurs de lyrique prennent souvent la direction du sud pour les festivals d’été, l’Orchestre national de Lille a choisi de refermer sa saison par un nouveau rendez-vous, les Nuits d’été de l’Orchestre national de Lille, mettant à l’affiche les plus grands chefs-d’oeuvre de l’opéra, dans des versions originales, qui tirent parti des atouts et des contraintes du Nouveau Siècle – conçu d’abord pour les concerts symphoniques et les récitals. Pour cette édition inaugurale, c’est la célèbre Carmen de Bizet que dirige Alexandre Bloch.

Le chef français ne souhaitait pas singer les maisons d’opéra avec une mise en scène, dans une salle qui n’est pas conçue pour ce genre de production. Pour autant, il n’a pas renoncé au spectacle, voire au spectaculaire. Les animations vidéos de Grégoire Pont habillent le plateau en démultipliant les lieux et les couleurs de l’intrigue, à l’exemple des flamboyantes arènes et des très graphiques évocations de corrida. Cette générosité illustrative, qui en met plein la vue, plaira évidemment aux néophytes, qui s’initieront aux couleurs et aux passions de l’intrigue. Mais les connaisseurs ne seront pas déçus pour autant. Plutôt que de conserver les dialogues originaux ou les récitatifs écrits par Ernest Guiraud après la mort du compositeur, Alexandre Bloch a confié la narration à Alex Vizorek, déambulant dans la salle au gré de la soirée. Cette voix familière aux auditeurs de radio raconte l’histoire, et la commente, avec des clins d’oeil à l’actualité, dans une réjouissante tradition chansonnière, tissant ainsi une complicité avec le public, par-delà l’apparence désabusée jouée par le personnage. En somme, une habile variante au spectacle d’art total qu’est l’opéra.

Côté musique, les oreilles ne sont pas déçues, avec un plateau entièrement francophone. Dans le rôle-titre, Aude Extrémo fait valoir son timbre chaud et enveloppant, idéal pour la sensualité rebelle de la bohémienne, n’hésitant pas à assombrir l’émission pour plus d’effet. En Don José, Antoine Bélanger lui donne une réplique pleine de fièvre, et compense par un engagement saisissant la séduction moins évidente de sa voix. Remplaçant au pied levé Layla Claire, Gabrielle Philiponet offre une Micaëla à fleur de peau, à la sonorité charnue, minaudant ça et là ses sentiments : une incarnation investie à rebours des blanches innocences à laquelle on résume parfois le personnage. Florian Sempey affirme un Escamillo à la carrure robuste, sinon matamore, porté par une technique solide qui ne néglige pas la densité du grain vocal – qui à alourdir un peu une ligne vocale dont le baryton français sait pourtant faire respirer le lyrisme dans d’autres répertoires.

Pauline Texier et Adelaïde Rouyer forment en Frasqueta et Mercédès un duo non moins savoureux que celui formé par le Dancaïre sans reproche de Jérôme Boutillier et le Remendado d’Antoine Chenuet. Le Zunga de Bertrand Duby ne démérite aucunement, et l’on saluera les interventions tout à fait en situation de Philippe-Nicolas Martin en Moralès. Préparé par Yves Parmentier, le Choeur de l’Opéra de Lille partage l’enthousiasme de choeur maîtrisien du Conservatoire de Wasquehal. Quant à la direction d’Alexandre Bloch, attentive à préserver l’intelligibilité du texte, elle fait vibrer les camaïeux et la vitalité de la partition, dans une progressive accélération dramaturgique, liée à l’équilibre induit par le résumé des dialogues et récitatifs. Différente peut-être de certaines traditions, mais Carmen, toujours !

Gilles Charlassier

Carmen, Bizet, illustrations et animations vidéo : Grégoire Pont, Lille, Nouveau Siècle, juillet 2019

©Ugo Ponte – ONL

 

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Gilles Charlassier

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