Spectacles

« Gólgota picnic », La mélodieuse subversion de Rodrigo Garcia

« Gólgota picnic », La mélodieuse subversion de Rodrigo Garcia

09 décembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« J’ai honte de présenter une œuvre d’art protégée par des mesures de sécurité ». Le Festival d’Automne accueillait hier soir sous haute sécurité « « Gólgota picnic«  la dernière création de Rodrigo Garcia pendant que 4000 pratiquants priaient à Notre Dame pour le respect du Christ. Il aura fallu passer sous un portique d’aéroport, deux fois, être palpé, deux fois, et décliner son identité, deux fois, pour accéder hier à une salle de spectacle. Garcia a-t-il offensé ? Certainement pas, livrant un spectacle inégal sur le dieu consommation.

La religion catholique autorise les représentations depuis sa naissance. C’est naturellement que le trublion Rodrigo Garcia s’empare de sa propre histoire culturelle pour la mettre en scène. Le metteur en scène est connu pour remuer, pour déranger. Comme dans tous ses spectacles depuis 1989, il dépèce la société et ses rituels en les détournant. Artiste du titre, on se souvient de L’histoire de Ronald, le clown de chez Macdonald et J’ai acheté une pelle en solde pour creuser ma tombe.

Dans « Gólgota picnic« , il livre une version personnelle de la Bible, drôle, poignante et juste dans la dernière partie, mais souvent verbeuse. N’en déplaise à ceux qui pendant le spectacle priaient à quelques mètres des deux portiques de sécurité pour nos âmes perdues, le propos est malheureusement trop de fois déjà vu pour toucher à un peu de subversion. Observateur critique, il vient sonder notre civilisation sur le massacre de ses fondements. Pour ce faire, il déploie les nombreuses représentations des scènes tirées de la Bible chrétienne : Mantena, Giotto, Van der Weyden… arguant tout de même que les Flamands sont les meilleurs !

L’œuvre suit le déroulé de l’histoire : d’abord la chute magnifiquement symbolisée par une immense vidéo d’un saut en avion, l’image appelle à l’introspection : « Je ne vous dis pas sautez par une fenêtre. Je vous dis sautez à l’intérieur de vous-même : jouissez de la chute, ne laissez personne vous importuner », puis le chemin de croix, la crucifixion tellement plus soft que dans l‘Orgie de la Tolérance de Jan Fabre où Jésus passait en fond de scène en rock star dépressive. Ici, il est au sol, bien plus habillé que dans toutes les représentations présentes dans les églises. La colline est, 2011 oblige, faite de burgers, et au sommet, certains y pique-niquent et nous enseignent la misère du monde. L’humanité est dévoyée, elle ne vaut rien, seule la musique résiste à tout, même aux accidents de voiture. Le pain est grillé, le vin se picole. L’image, par le biais de la vidéo est omniprésente, c’est le reflet du monde que cherche à capter Garcia. Les Hommes se scrutent dans les verres des lunettes réfléchissantes.

Sur le fond, la pièce est surtout un hommage à la figure du Christ. C’est lui qui clôt le spectacle en faisant venir Marinon Formenti pour 45 minutes, nu et sans partition, seul au piano pour jouer Les sept Dernières Paroles du Christ sur la croix de Joseph Haydn. A ce moment toutes les images excessives du spectacle se rassemblent et gagnent en sens : on aura vu un homme vomir son burger en gros plan, rejetant ce que nous avons fait du monde, on aura vu des corps orgiaques, on aura vu une tour de Babel en vers de terre (fort réussie !) .

Garcia fait parler le Christ sur la croix pour clore son spectacle, dans une fin qui dure près d’une heure. L’image est saisissante, superbe et gomme l’énervement de la première partie qui enfonce des portes déjà tant de fois ouvertes. Dans la seconde partie, il y a du génie et de la radicalité. Faire entendre les paroles du CHrist sur la croix, dans un théâtre, elle est peut-être là, la vraie subversion.

Visuel: © Davir Ruano

Visuels galerie : Amélie Blaustein Niddam

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

13 réflexions au sujet de « « Gólgota picnic », La mélodieuse subversion de Rodrigo Garcia »

Commentaire(s)

  • Pol

    Pour réfléchir un peu plus loin que le contenu de cet article…
    L’acteur Michael Lonsdale a lu la pièce Golgota Picnic et est allé déposer une rose blanche devant le théâtre du Rond-Point hier en fin d’après-midi en opposition à cette pièce. Que pensez-vous de la position de cet artiste très humain ?
    Le gâchis de nourriture en cette période où les Restos du Coeur manquent de repas, que pensez-vous de ce symbôle envers les pauvres et les SDF ?

    décembre 9, 2011 at 19 h 40 min
  • Amelie Blaustein Niddam

    Merci, pour vous répondre honnêtement, je pense que Lonsdale a perdu la mémoire, rappelez vous Le fantôme de la liberté.
    Quand au gâchis de nourriture, c’est justement par ce biais que Garcia alerte. Le gâchis n’a pas lieu sur scène, il a lieu dans toutes les villes riches. C’est ce que la scène de nausée décrit.
    Encore une fois, cette pièce est un manifeste chrétien qui dérangera plus les athées que les croyants.

    décembre 10, 2011 at 18 h 15 min

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