Théâtre
« Marie Stuart », une reine prisonnière des jeux de pouvoir

« Marie Stuart », une reine prisonnière des jeux de pouvoir

23 mars 2020 | PAR Magali Sautreuil

Juste avant le confinement et la fermeture totale des salles de spectacle, nous avions eu l’occasion de découvrir « Marie Stuart », dont la dernière au théâtre de Nesle n’a pu avoir lieu… Ironie du sort, cette pièce traite avec justesse de la liberté et de l’isolement des hommes et des femmes de pouvoir…

Assis sur le bord de la scène, les cinq comédiens attendent patiemment que le public ait fini de s’installer pour introduire le contexte du drame qui va se jouer sous ses yeux.

Tous sont pieds nus et vêtus d’un chemisier blanc et d’un pantalon noir. Ce n’est que lorsqu’ils endossent le rôle de leur personnage qu’ils prennent d’autres atours. La première à passer son costume est Marie Stuart. Une robe rouge, qui sied parfaitement à cette reine d’Écosse, objet de tant convoitise et de discorde.

Dépouillée de tous ses biens, la voici depuis bientôt 19 ans, enfermée dans une prison anglaise, sur ordre de sa cousine, la reine d’Angleterre Élisabeth Ière. Loin d’être abattue, la souveraine se rattache au fol espoir d’être un jour libéré, malgré l’étau qui se resserre de jour en jour et l’inquiétude qui la gagne.

Au-delà d’une lutte pour la seule liberté de Marie Stuart, c’est une véritable guerre de pouvoir qui se joue, dont l’enjeu est le trône d’Écosse et d’Angleterre, un des principaux éléments du décor. Au sol, un échiquier évoque les stratégies qui se mettent en place dans les deux camps.

Les intrigues qui se nouent de part et d’autre visent soit à faire évader Marie Stuart, soit à convaincre Élisabeth Ière de signer son édit de mort, soit, au contraire, à faire preuve de clémence.

Tiraillée entre des sentiments contraires, entre son humanité, son envie de liberté et son rôle de souveraine, la reine d’Angleterre est esclave de sa condition et ne peut suivre l’impulsion de son propre cœur. Elle est aussi seule que Marie dans sa prison, voire davantage.

Chacune à leur manière, les deux reines luttent pour leur survie dans un monde d’hommes, où le fanatisme religieux entre protestants et catholiques est exacerbé et où les enjeux politiques sont prétexte à toutes formes de manipulation.

Les hommes qui gravitent autour des deux souveraines symbolisent ces différentes formes de rapport au pouvoir. Nous pouvons cependant reconnaître une qualité à l’un d’entre eux, bien rare à la Cour, celle de l’honnêteté. Burleigh est en effet un procureur incorruptible, fidèle serviteur incorruptible de la reine Élisabeth Ière . Protestant austère, il incarne la raison d’État et la voix du peuple. Les deux autres personnages masculins sont bien plus calculateurs, mais certains le cachent mieux que d’autres. Le jeune Mortimer, partisan de Marie, malgré ses airs affables, peine à cacher son exaltation. Nouveau converti mu par la foi catholique, manipulé par les papistes, il est rendu fou par le pouvoir et n’aspire en réalité qu’à posséder Marie, même contre son gré. Quant à Leicester, ce puissant Lord anglais, il n’est guère digne de confiance. Personnage ambigu et manipulateur, il n’est guidé que par son propre instinct de survie.

La distribution de cette adaptation est ainsi réduite à ces cinq personnages pour resserrer l’action dramatique et mieux comprendre les enjeux politiques se cachant derrière les discours et les non-dits des uns et des autres.

La pièce a également été raccourcie pour les mêmes raisons. Procédé intéressant, qui se rôdera au fil des représentations, le metteur en scène a opté pour des ellipses narrées, où les comédiens sortent un temps de leur rôle pour commenter la situation. Ces dernières créent certes une rupture dans le fil de la narration, mais permettent également de mieux capter l’attention du spectateur par la suite.

Il est en effet parfois difficile de tenir en haleine un public lorsque l’action s’incarne davantage dans le verbe que dans l’espace. Marie Stuart réussit cependant à relever ce défi grâce au jeu de ses acteurs. Ceux-ci parviennent à retranscrire les émotions des personnages avec justesse et sincérité dans un monde où le pouvoir n’est que manipulation, souffrance, solitude, sacrifices et égarements.

Marie Stuart, d’après Friedrich Schiller, adaptée et mise en scène par Léonardo Alejandro Hincapié, interprétée par Marie Metteau (Marie Stuart), Séverine Saillet (Élisabeth Ière), Denis Lefrançois (Leicester), Gilles Darras (Burleigh) et Cyril Guelle (Mortimer), présentée à Paris, au théâtre de Nesle, les 24 et 25 février 2020, ainsi que les 7, 8, 14 et 15 mars 2020, les lundis, mardis et samedis à 21h, ainsi que les dimanches à 16h. Durée : 100 minutes.

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Visuels : Affiche © Fanny Vambacas

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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