Fictions

Hanna Krall. Les vies de Maria : une mélopée polonaise.

Hanna Krall. Les vies de Maria : une mélopée polonaise.

23 mars 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

Hanna Krall est une journaliste et écrivaine polonaise. Les vies de Maria s’apparentent à un recueil de nouvelles mais ce récit est aussi « un reportage littéraire ». Il nous conduit dans le drame de la Pologne pendant le nazisme, la Shoah et le stalinisme.

Au commencement était un baptême …qui n’a pas eu lieu. Le couple J.S. devait être le parrain et la marraine d’une petite fille juive afin de la sauver de l’holocauste mais ils ont renoncé pour ne pas devoir mentir devant Dieu. Ce fait véridique a inspiré le film de Krysztof Kieslowski Le Décalogue 8, ou le huitième commandement : « tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain ». L’auteure reprend l’enquête à partir du couple J.S. maintenant décédé. Le récit glisse alors d’un personnage à l’autre comme dans une enquête avec un fil conducteur un peu lâche qui nous conduit dans la Pologne de la deuxième guerre mondiale et du communisme. Le récit décrit ensuite, dans le village de Deblin, l’hécatombe des juifs mais aussi la mort du lieutenant W., Officier de la première armée polonaise, intégrée à l’Armée Rouge. Le lieutenant W avait un double, allusion à un autre film de Kielowski : la double vie de Véronique. Maria, actuellement en maison de retraite était une juste : elle a pu sauver une mère juive et sa fille grâce… à un certificat de baptême. Jojczynski était un partisan qui s’opposa au pouvoir communiste et qui sera fusillé. Et bien d’autres personnages constituent le récit…

L’écriture d’Hanna Krall est magnifique, le style sobre, ciselé. Elle égraine des indices qui suffisent à reconstituer l’époque et à donner vie aux personnages. Le récit est émouvant mais elliptique, nécessitant une attention soutenue. Il est illustré par des photographies en noir et blanc, qui nous plongent dans l’ambiance d’alors. La shoah est le cœur du récit. Le personnage principal est le peuple juif polonais face à l’holocauste Il existe des criminels et des justes comme le comte allemand Joaquim Von Z. qui exfiltra de la Bohème occupée, des juifs dans sa voiture décapotable ou le tailleur qui cacha une mère et sa fille, toutes deux brunes… Les justes sont des héros ordinaires comme le dira cette pharmacienne : « je me surprends moi-même d’avoir été si courageuse ». Des points historiques inédits émergent du livre comme le rôle majeur de l’armée de l’intérieur, la résistance polonaise ou comme les « Volksdeutschen » les colons allemands installés de force sur les terres polonaises.

Ce livre, témoigne de la Shoah à travers la vie quotidienne en Pologne pendant la guerre. Le récit est souvent poignant comme lorsque l’auteure, dans un raccourci saisissant, décrit « un musée dédié à une civilisation ancienne disparue au vingtième siècle (première moitié) ». Nous sommes très touchés par la mélopée triste d’Hanna Krall.

Hanna Krall, Les vies de Maria, Les éditions Noir sur Blanc, 158 pages, 18 Euros, sortie le 12 Mars 2020.
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