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L’interview confinée de Julia Palombe : « J’observe une certaine retenue face à cette réalité crue »

L’interview confinée de Julia Palombe : « J’observe une certaine retenue face à cette réalité crue »

23 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

À la rédaction, une idée a surgi dans les boucles de mails : faire parler des artistes, leur demander « comment ça va » et comment ils vivent leur confinement, ce que cela provoque en eux. Aujourd’hui, la chanteuse et danseuse Julia Palombe nous répond.

Comment ça va ? 

Je vais bien, merci… jusqu’ici ! 

Je suis confinée dans mon nid parisien. C’est mon lieu de vie et de création. Je n’ai ni balcon, ni jardin mais un puits de lumière inonde mon salon dès les premières heures du jour. D’où je suis, je vois le ciel à travers le plafond de verre. Le long d’une passerelle, j’ai une autre baie vitrée qui donne sur une petite serre, en contrebas la cour, et tout autour de nous d’autres habitations. Je suis confinée avec les personnes que j’aime le plus au monde : mon mari et mes deux enfants. 

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes vous totalement enfermée ? 

Je ne suis pas sortie depuis des jours… Bien avant l’annonce de restriction du Président. J’ai accouché le 2 Mars, j’ai enchaîné avec 5 jours à la maternité, et à mon retour chez moi le Corona Virus commençait à menacer sérieusement la France. L’autre jour j’ai enfilé mon masque « fait maison » pour faire la visite post opératoire avec ma chirurgienne, c’est la seule fois où j’ai mis le nez dehors. Mon mari se charge de faire les courses de temps en temps, en prenant toutes les précautions. 

Quelles sont vos routines culturelles pour faire descendre l’angoisse ?

Le soir je surfe sur le site de l’Opéra de Paris qui a mit en libre accès plusieurs de leurs spectacles. Hier j’ai regardé « Manon ». Fabuleux ! Et Pretty Yende y est époustouflante ! Le matin je suis en direct sur Instagram la classe de danse de Tiler Peck, première danseuse du New York City Ballet … rien qu’à l’observer, l’air semble plus léger ! À 14 h, avant la sieste, j’écoute les rediffusions de « Boomerang », cet Augustin Trapenard est à lui tout seul un anti dépresseur en toute saison ! Je profite aussi de revoir des chefs d’œuvre du cinéma que je projette sur le mur de notre salon, je lis « Anne-Marie la beauté » de Yasmina Reza, j’écoute les quartets de Beethoven… 

Comment votre pratique vous aide t’elle en ce moment?

Au début j’ai cru que la créativité ne viendrait pas, que le choc me mettrait dans une sorte de sidération. Mais presque malgré moi, je me suis mise à écrire, photographier, filmer… Pour laisser une trace ? Pour survivre ? Pour en faire quelque chose plus tard ? Je ne sais pas… Mais les choses se font. À la fois comme d’habitude, et pourtant complètement différemment. C’est une autre intensité. Un autre regard. J’observe une certaine retenue face à cette réalité crue. L’humour et la sensualité sont deux de mes armes favorites et je compte bien m’en servir !  

Quels mouvements conseillez-vous, vous qui êtes à la fois chanteuse et danseuse ?

Respirations et étirements sont les maîtresses de la situation. C’est simple, à la portée de tous. Il suffit de prendre quelques minutes dans la journée pour en conscience inspirer et expirer (vous pouvez coupler avec une antéversion et rétroversion du bassin, surtout si vous souffrez de maux de dos). Et dans un deuxième temps, étirez-vous. Une salutation au soleil fera parfaitement l’affaire, vous pouvez l’exécuter à votre sauce. Le tout et de penser à étirer tout votre corps. La souplesse du corps agit sur celle de l’esprit… 

Et pour finir avec un peu de légèreté :  est-ce que ce temps révèle quelques plaisirs coupables ?

Je sors de 9 mois de grossesse qui m’ont fait abandonner toute sorte de dépendances… jusqu’au café ! Et ça continue, puisque j’allaite à l’heure actuelle. Mais il y a une chose que je n’ai jamais arrêté, c’est le chocolat noir. J’ai fait une réserve de quelques tablettes, que je planque à l’abri des regards…  

Visuel : ©OrlandoLeonardi 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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