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Vente à Drouot : les filles aînées d’Arman se séparent d’une partie de leur collection pour financer leur fondation

Vente à Drouot : les filles aînées d’Arman se séparent d’une partie de leur collection pour financer leur fondation

09 décembre 2011 | PAR Liane Masson

Marion Moreau et Anne Fernandez, les deux filles aînées d’Arman décident de mettre aux enchères vingt œuvres uniques choisies dans leur collection personnelle au profit de la Fondation A.R.MA.N. (Arman research Media Art Network). Organisée par la société de ventes aux enchères Yann Le Mouël et l’expert Marc Ottavi, la vente aura lieu à Drouot-Richelieu le 21 décembre 2011 à 16h.

 

Issu de l’École de Nice, l’artiste Arman (1928-2005) est connu pour ses œuvres d’accumulation et de déstructuration. Le grand public sait moins qu’il était un fervent collectionneur. Lors de la présentation de la vente, ses deux filles aînées nous ont confié qu’il pouvait entretenir jusqu’à 16 collections simultanément ! Cette pratique méticuleuse de la collection et ce goût pour le sens du détail confèrent au travail d’Arman un caractère de longue haleine et d’abondance. On comprend donc mieux ce souci d’amoncellement lié à la société de consommation qu’il a vu naître. Mais son rapport ambigu à l’objet, comportait également un autre versant, celui de la destruction. En témoignent ses nombreuses Colères, symboles de rébellion contre la grande tradition classique française.

L’artiste s’intéressait aux arts, et pas seulement à la sculpture. Les vingt œuvres uniques mises en vente au profit de la Fondation A.R.M.A.N reflètent la tendance poly-artistique du sculpteur. Les pièces Violoncelle (1973) et Stradavarius (1999) célèbrent son goût pour la musique, tandis que l’accumulation Color Scales (1991) témoigne de son attachement à la peinture. Dans ces œuvres, la mise en avant de l’outil de travail – outil sans lequel « le grand art » serait impossible (instruments de musique, tubes de peintures, pinceaux) – révèle les coulisses de l’acte artistique trop souvent laissé de côté, voire caché. C’est cette démarche particulière que les deux filles d’Arman ont souhaité souligner à travers la sélection des œuvres mises aux enchères.

Les bénéfices de la vente du 21 décembre 2011 serviront en partie à financer le projet du « Phare », structure muséale prochainement implantée à Vence. Le pécule ainsi récolté sera mis au service de l’entretien de la mémoire d’Arman et de son travail de création. La Fondation A.R.M.A.N envisage effectivement de consacrer une grande partie du musée à la mise en scène de l’atelier de l’artiste, tel que ses proches et ses amis avaient pu le parcourir.

 

Petit aperçu du contenu de la vente

L’œuvre d’Arman étant surtout connue d’après la vision qu’offre ses éditions et multiples, les organisateurs ont réuni un ensemble de pièces uniques afin d’offrir un nouvel éclairage sur la diversité des créations de l’artiste. Nous vous en dévoilons quelques unes :

 

Les accumulations

© Marc Ottavi

Mary Poppins Bike (1991) – Estimation : 50 000 – 70 ooo euros

Cette bicyclette, l’une des premières produites, fait partie d’un cycle où l’impression globale qui se dégage du tableau est attachée à l’univers particulier d’un personnage. Arman présentera ainsi différents univers, avec Duffy’s Bike, Paolo Cara’s bike, Vincents’s Bike

 

 

 

 

 

© François Fernandez

Color Scales (1991) – Estimation : 60 000 – 80 000 euros

Arman ne se contentait pas de faire, il lui fallait penser et développer son travail pour trouver de nouvelles « issues » à son vocabulaire de base. Il nous offre ici un développement des accumulations de tubes et coulées de couleurs, et se joue des camaïeux pour réinventer une progression arithmétique.

 

© François Fernandez

La Dame de Shanghaï (1993) – Estimation : 100 000 – 150 000 euros

Cet ensemble imposant est composé de nombreux transistors fabriqués à la main dont Arman avait entrepris la collection avant de décider de les rassembler pour en faire une oeuvre à part entière. La présentation choisie par l’artiste en les rangeant dans des casiers métalliques, dont chaque case est recouverte de miroirs aluminium, fait référence au film éponyme d’Orson Welles, dans lequel la scène finale du double meurtre est reflétée dans les miroirs de la Maison des Folies.

 

 

Les colères

© Marc Ottavi

Violoncelle (1973) – Estimation : 30 000 – 40 000 euros

Arman présente ici un violoncelle découpé en morceaux, incrustés dans un fond bétonné. Il a réalisé de nombreuses autres découpes d’instruments (violons et violoncelles), verticales ou horizontales, le plus souvent présentées sur des panneaux de bois. Il a également réalisé des découpes de motos en bronze.

 

© Marc Ottavi

Pour ma jolie (1982) – Estimation : 20 000 – 30 000 euros

Cette composition monumentale se présente comme une transposition  des tableaux cubistes de Picasso de 1912 où l’inscription « à ma jolie » célébrait alors la nouvelle compagne du maître espagnol, Eva.

 

© Fondation A.R.M.A.N.

Stradavarius (1999) – Estimation : 30 000 – 40 000 euros

Ce travail sur l’image du violoncelle s’appuie sur un jeu de mots entre « stradda » (« la route » en italien) et Stradivarius. Cette pièce bi-face est constituée d’acrylique. L’épaisseur de la matière résulte des multiples projections de peintures qui permettaient à Arman de réaliser les « shooting colors ».

 

 

 

 

 

 

 

Réalisé par Marc Ottavi et son équipe, le catalogue bilingue (français-anglais) de la vente aux enchères se révèle remarquable. La qualité des illustrations (présentation des oeuvres, nombreuses images d’archives…) n’a d’égal que la justesse des légendes détaillées et le foisonnement des témoignages de l’artiste et de ses proches.

 

A noter : des pièces d’autres artistes, proches d’Arman, seront également mises en vente le mercredi 21 décembre : Vanité ou auto-portrait (1965) de Philippe Pasqua, Personnage, Viva Warhol et Personnage, Viva Arman de Pierre Pinoncelli, et bien d’autres encore…

 

Amélie Terra Nera et Liane Masson

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Liane Masson

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