Danse
William Forsythe tout en délectation

William Forsythe tout en délectation

24 février 2011 | PAR Alienor de Foucaud

25 ans déjà, que William Forsythe s’associe régulièrement au Ballet de l’Opéra de Lyon, au plus grand bonheur de son directeur, Yorgos Loukos. 25 ans d’aventures communes et d’effervescence, et à chaque fois, une grande réussite. Le Théâtre de la Ville présente jusqu’au 1er mars deux superbes créations, Workwithinwork et Quintett, dans lesquelles transparaît l’enivrante mouvance de Forsythe, mêlée à la fabuleuse maîtrise des danseurs lyonnais.

Perturbateur de génie qui a craqué tous les codes de la danse, William Forsythe joue du chaos dans un monde policé et régulé. Son apprentissage classique reste ancré dans sa gestuelle, mais ici, le mouvement se décuple et se démultiplie dans une frénésie inclassable. Depuis le hit chorégraphique qu’était In The Middle Somewhat Elevated, en 1987, William Forsythe n’a cessé de confirmer son talent de chorégraphe, en concentrant son travail sur le mouvement, l’essence même de la danse.

Sur scène, aucun point ne semble plus central qu’un autre, l’espace est ouvert au champ de la danse. Les danseurs ne reproduisent pas des pas mais en inventent, ils cherchent continuellement un renouvellement du mouvement sans jamais glisser dans la répétition du geste. Ils révèlent de nouveaux points de contact en fusionnant leurs corps, dans une symbiose parfaite.

Workwithinwork prend place dans la pénombre la plus totale. Objet chorégraphique construit dans une tension exacerbée, renforcée par le son strident et oppressant d’un violoncelle. Les danseuses, juchées sur leurs pointes, décomposent leur gestuelle et cassent le sillon de leurs lignes. La danse se fait nerveuse, rythmée et saccadée ; parfois même déséquilibrée. L’illusion est garant de réussite. Des duos se forment, mais aucun ne trouve son double, seulement un écho. Un puzzle se forme sur une partition affolante, les ports de bras se répondent, l’enjeu est de sortir du carcan imposé par les pirouettes et arabesques classiques.

Ballet traversé par la mort, Quintett est d’avantage porté par l’émotion et l’expression que traduisent des corps en mouvement. La voix de Gavin Bryars surgit de nulle part, et psalmodie, « Jesus’ Blood Never Failed Me Yet ». Alternant courses effrénées et duos fusionnels, les danseurs semblent soulevés par un élan incontrôlable et déraisonné. Au fur et à mesure, les corps se font et se défont, telle une litanie, figure récurrente du vocabulaire forsythien. La chorégraphie se compose et se décompose, douceur et poésie du mouvement laissent place au chaos et à la danse compulsive. Une trappe symbolise la mort ou l’espace invisible, que le corps explore par la danse ; face à elle, un projecteur met en lumière ces découvertes, ce voyage vers l’inconnu.

L’expression est portée à son comble dans cette danse du mouvement. La gestuelle n’a ni début ni fin, elle se construit sur une ligne infinie et continue. Une sorte de fondu dans un espace atemporel où seule la danse est maitre du temps qui passe. William Forsythe continue de nous surprendre, parvenant à décomposer le mouvement, dans une délectation et une volupté enivrantes.

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Alienor de Foucaud

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