Danse

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Un Roméo et Juliette épuré selon Sasha Waltz

09 mai 2012 | PAR Géraldine Bretault

Créé en 2007 avec l’Opéra de Paris, le ballet Roméo et Juliette de Sasha Waltz est repris pour la première fois cette saison. Nous étions à la première.

Comme sa compatriote Pina Bausch, qui avait convié les chanteurs sur scène dans son Orphée et Eurydice, Sasha Waltz a composé avec maestria un spectacle total, alliant la musique, le chant et la danse. La superbe symphonie dramatique de Berlioz, librement composée au service des émotions plus que de la narration, était un matériau idéal pour transposer les élans du cœur des amants maudits sur scène.

Car chez Sasha Waltz, on improvise beaucoup, à partir des émotions comme de l’espace, en l’occurrence ce plateau central qui s’ouvrira pour former le fameux balcon, avant de devenir un mur qui sépare les familles ennemies. Le travail en improvisation était aussi un moyen de briser la hiérarchie établie au sein du corps de ballet, de proposer une aventure collective aux danseurs, afin que l’on puisse véritablement ressentir le poids, la puissance, les divergences des deux familles.

Hervé Moreau, qui avait créé le rôle aux côtés d’Aurélie Dupont en 2007, était particulièrement attendu ce soir, après une absence prolongée suite à une blessure au genou. Le public comme sa partenaire ont manifestement apprécié sa présence, saluée par de chaleureux applaudissements. Son solo désespéré, dansé en silence, était en effet pénétré d’une intensité particulière, rehaussée par la grâce infinie de ses bras.

Autre moment suspendu, le pas de deux central des jeunes amants, lorsqu’ils s’autorisent enfin à exprimer leurs sentiments naissants. Sur le plateau supérieur incliné, les danseurs ne semblaient plus toucher terre, emportés par une profonde complicité.

Les jambes sont d’ailleurs souvent tendues à l’horizontale chez Sasha Waltz, quand les pieds nus ne sont pas hérissés vers le ciel. C’est un monde à l’envers, que celui où les aînés en viennent à sacrifier leur progéniture au lieu de transiger et préparer la paix des lendemains.

Le finale qui succède à la double mort des amants nous a offert un autre temps fort, grâce à la présence des choristes sur scène et à la prestation généreuse et convaincue du baryton-basse Nicolas Cavallier. Un opéra-ballet qui séduit par sa capacité à dégager ce qu’il y a d’éternel et intemporel dans le destin funèbre des amants de Vérone, sans omettre les moments comiques que Shakespeare avait su instiller dans son œuvre.

 

Photos © Bernt Uhlig / Opéra national de Paris

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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