Arts

Yutaka Takanashi Tokyo en images

Yutaka Takanashi Tokyo en images

09 mai 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

L’œuvre du grand photographe japonais contemporain Yutaka Takanashi s’inscrit dans une double perspective: poser sur la ville un regard poétique, en saisir la beauté et collectionner tous les fragments du passé qu’elle recèle. C’est pourquoi son travail s’est divisé en deux périodes distinctes que deux livres réunissant ses clichés reprennent: Toshi et Machi.

Au premier étage de la fondation, nous découvrons la première période de son travail: Toshi réalisée entre 1965 et 1970. Des clichés en noir et blanc, pris sous un angle atypique, souvent un peu de biais, ce qui déforme la réalité et lui donne un aspect mystérieux, spontané, pris sur le vif et très moderne. Nous sentons le choc laissé par la guerre dans ces images, il s’en dégage une certaine violence: mer en furie, personnages isolés au milieu de la nature, split screen, invasion de la culture occidentale, constructions, confusion, mélange des corps, l’espace est envahi et non maîtrisé par ceux qui l’occupent. Dans cet ensemble, le photographe s’intéresse à l’humain. Il photographie la jeunesse dont il fait partie, il s’intéresse à la manière dont ils construisent et reconstruisent leurs vies dans le Japon de l’après-guerre.

Au second étage, Yutaka Takanashi fait de Tokyo dans les années 1970-1980 un cabinet de curiosités en couleurs: Machi. Chacune de ses photos recèle une infinité de petits détails, elles explosent de couleurs diverses et jouent sur l’insolite dans le quotidien comme dans cette boutique de cordonnier où des dizaines de formats de chaussures pendent du plafond. L’âme de l’humain a disparu pour laisser place aux traces, aux signes, aux objets, aux lieux où leur présence s’est matérialisée. Il y a une dimension mortuaire dans ces photos qui figent présent et passé, faisant parler les petits détails: pendule arrêtée, téléphone ancien pour inscrire l’Histoire, raconter en silence les vies qui ont parcouru cet espace. Sa façon de photographier les intérieurs semble faire référence à un photographe illustre qu’admire beaucoup Yutaka Takanashi: Eugène Atget actuellement exposé au musée Carnavalet (voir notre article). En effet, Yutaka Takanashi s’inscrit également dans une volonté de laisser à la mémoire les lieux du passé et de son présent. Il se focalise sur les extérieurs dans la première partie de son travail et sur les intérieurs dans la seconde partie.

Une double vitrine au centre est également consacrée au photographe avec un cliché de lui étant jeune, ses carnets de croquis préliminaires à la prise de photos et ses publications dans le magazine Provoke qui ont fait de lui l’un des chef de file du renouveau photographique d’après-guerre.

Pour la première fois, le travail de ce photographe bénéficie d’une rétrospective en France, un évènement à ne pas manquer.

Le catalogue de l’exposition, augmenté d’une instruction d’Agnès Sire et d’un texte de Ferdinand Brüggemann est publié par Toluca Editions/RM – 192 pages – 38 euros

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Sandrine et Igor Weislinger

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