Danse

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Teshigawara + Karas = Mirror and Music

30 mars 2012 | PAR Géraldine Bretault

Danseur proche des arts plastiques, fondateur de la compagnie Karas en 1985, Teshigawara est aussi chorégraphe. Un artiste complet, régulièrement invité par de grands établissements dans le monde entier, dont l’Opéra de Paris, pour qui il avait créé Air en 2003.

S’il intéressait alors à l’air comme métaphore de la transmutation des corps en songes, Teshigawara revient cette fois aux éléments scénographiques fondamentaux que sont la lumière et la musique. Pièce sombre, Mirror and Music s’articule autour d’antagonismes visuels et sonores très marqués, entre vitesse extrême et mouvements lents, lumière stroboscopique et obscurité, déplacements de groupes et solos, et une sélection musicale oscillant entre métal et douceur baroque.

Grâce à une utilisation maîtrisée du stroboscope, Teshigawara invente de savants dispositifs au service d’apparitions troublantes. Les temps forts de la pièce sont sans doute les moments où la danse frôle l’effacement, lorsque les danseurs disparaissent subitement, semblant resurgir à l’autre bout du plateau comme par enchantement. Le chorégraphe profite d’une rupture de rythme pour s’offrir un solo qui confirme son talent et sa présence sur scène. Dans un grand dépouillement, il n’hésite pas à emprunter quelques accents au hip-hop, notamment le strobing, qui accentue la perception hachée des mouvements sous le faisceau du stroboscope.

Mais plus que la lumière, c’est dans les ténèbres du butô que Teshigawara semble avoir puisé son inspiration ici. Courses échevelées, moulinets de bras à n’en plus finir, les danseurs de sa troupe s’engagent avec une énergie désespérée dans cette lutte contre l’effacement ou l’engloutissement dans l’obscurité. Certes, le chorégraphe ne laisse pas son public indifférent (des sièges qui claquent de quelques réfractaires, aux applaudissements nourris à la fin du spectacle), mais il nous abandonne pourtant avec un goût amer en bouche. À trop vouloir tout contrôler, Teshigawara semble parfois danser et chorégraphier pour lui, et peiner à impliquer un public pas toujours récompensé de s’être laissé malmener.

 

« J’essaie d’exprimer quelque chose d’invisible. Ce quelque chose n’a pas de forme spécifique, c’est plutôt une forme qui s’efface, qui est constamment en train d’apparaître et de disparaître. Je me sens proche de ce qui est en train de disparaître, plutôt que de ce qui essaie de se stabiliser » Taburo Teshigawara

Visuels © Sakae Oguma

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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